Comment être plus efficace grâce à la Loi de Pareto.

Aperçu aujourd’hui dans la Newsletter « Cadreo », avec une forte connotation « management », cet article fort utile et pratique sur l’un des blogbusters mondiaux !… C’est étonnant que cet économiste italien n’ait pas encore eu les honneurs de Hollywood.

Ce n’est que dans les années 50 que l’ingénieur Joseph Juran, utilise le principe de Pareto un comme « outil d’analyse universel ». Selon lui, il est possible de séparer n’importe quoi entre  l’essentiel et l’accessoire. « Le principe de Pareto est une méthode générale permettant de séparer un quelconque agrégat en deux parties : les problèmes vitaux et les problèmes plus secondaires — dans tous les cas, l’application du principe de Pareto permet d’identifier les propriétés des problèmes stratégiques et de les séparer ». Concrètement, on peut dire que :

  • 80 % des résultats obtenus (négatifs comme positifs) proviennent de 20 % de notre travail.
  • 80 % du chiffre d’affaires provient de 20 % des produits ou services proposés.
  • 20 % des clients représentent 80 % du Chiffre d’Affaires.
  • 80 % du temps de travail correspond à 20 % de travailleur mission de dirigeant.
  • 20 % du personnel est touché par 80 % des accidents du travail.
  • 20 % des habits sont utilisés 80 % du temps…

Déléguer les tâches accessoires

Pour les cadres, la loi de Pareto correspond à la part consacré au management, soit 20 % de leur temps. Mais ce qu’il faut retenir de la loi de Pareto, c’est essentiellement le principe de la distribution pour apprendre à mieux trier les tâches et à les accomplir selon leur degré d’importance ou d’urgence. Chacun a déjà pu éprouver le sentiment de perdre du temps à réaliser des tâches quotidiennement.

Assez simplement, le principe de Pareto consiste alors à se concentrer sur les 20 % des tâches qui sont les plus efficaces dans son travail. Dans une journée type de travail, cette loi veut qu’il faudrait commencer ses journées par les missions qui sont les plus positives et à repousser en fin de journée les moins efficaces.

Pour aller encore plus loin, les cadres pourront aller jusqu’à réaliser un diagramme de Pareto, un graphique permettant de visualiser les missions les plus chronophages des autres. Selon leur importance, les managers pourront revoir leur emploi du temps, déléguer certaines missions à leurs collaborateurs ou même à externaliser certaines actions. A titre individuel, posez-vous cette question : si vous ne deviez travailler que 2 heures par jour, quelle tâche serait véritablement essentielle ?

> 9 astuces pour ne plus être débordé au travail

Et si on changeait ses habitudes ?

Pour de nombreux salariés, la vie en entreprise commence bien souvent par la lecture et la réponse aux mails. La matinée va se poursuivre ensuite par une première pause café, une réunion d’équipe, des appels à des clients puis la reprise d’un dossier de fond. On peut sans trop se tromper estimer qu’une telle matinée aurait pu être plus efficace en en inversant l’ordre ou en modifiant le temps passé pour chaque activité. La réunion serait probablement écourtée, le temps pris à répondre aux mails repoussé après midi, avant la pause-déjeuner – quand on commence à être moins efficace – et le temps passé à travailler les dossiers de fond pris dès le matin.

> Comment changer ses (mauvaises) habitudes et celles de ses collaborateurs grâce aux neurosciences ?

Evidemment, tout le monde ne travaille pas de la même manière. Quant à la loi de Pareto, si on peut douter que la « règle des 80/20 » soit toujours pertinente, elle est plutôt bien vu. D’ailleurs ce sont les cadres qui le disent, selon eux : seulement 25 % des réunions seraient vraiment efficaces.

> La règle des deux pizzas et autres secrets pour des réunions productives

Nous vous conseillons les articles suivants :

Prochaine étape : le pitch en 6 minutes 40 chrono, soit 20 slides de 20 secondes…

L’Ours.

 

Editorial : sommes-nous faits pour les vacances ?

Il y a un an Gaspard Koenig consacrait un Time To Philo aux vacances. En 2017, la question continue à se poser. Eléments de réponse.

Dans son célèbre essai « Le Droit à la Paresse » (1880), Paul Lafargue, le gendre de Marx, dénonce « l’étrange folie » qu’est l’amour de la classe ouvrière pour le travail qu’il décrit comme « la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique ». Le stade supérieur de l’humanité selon Lafargue ? L’abolition du travail (ou du moins sa limitation à 3 heures par jour maximum) et pour le reste des réjouissances qui « feront aller les flacons, trotter les jambons et voler les gobelets ». Un bon programme de vacances en effet !

Le problème ? Il est identifié par Pascal dans sa pensée 136 et il est redoutable : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre (…) le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il faut en sortir et mendier le tumulte ». Vivement la rentrée !

Conclusion BCN : l’herbe est toujours plus verte, la plage plus blonde à celui qui l’envie sans pouvoir y accéder… Eh bien, le travail, c’est pareil ! Il écarte de nous 3 grands maux selon Voltaire : l’ennui, (ça c’est fait), le vice, et le besoin.  Depuis Maslow, il convient d’en ajouter un 4e : la reconnaissance sociale, l’affirmation de soi. A méditer.

L’ours.

 

 

Editorial de Juillet : vents favorables.

Les amateurs de bande dessinée ont depuis longtemps oublié la signification de « Jolly Jumper » et de « Lucky Luke » : mais nos conjoncturistes pourraient bien rappeler qu’en économie aussi, il est possible d’avoir de la chance, comme le Lonesome cow-boy, à la veine légendaire. Déjà, on voit fleurir les qualificatifs de « Lucky Emmanuel », à propos du Président de la France… Voici que la Tribune apporte de l’eau à leur moulin dans son édito du jour, signé Jean-Christophe Chanut.

Recrutements de cadres : au plus haut

215.000 recrutements de cadres seraient attendus cette année, selon les perspectives de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Le niveau pourrait même grimper à 236.000 en 2019… Mais certains profils surtout sont recherchés.

C’est un signe supplémentaire de l’embellie économique actuelle : le niveau des recrutements de cadres par les entreprises est en passe d’atteindre un record absolu. Mieux, si l’on en croit la dernière note de conjoncture de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), les recrutements de cadres ne vont cesser d’accélérer pour atteindre des sommets en 2019. Concrètement, le nombre des embauches devrait se situer à 215.000 en 2017, en hausse de 6% par rapport aux recrutements réalisés en 2016, puis à 225.000 l’année prochaine et encore à 236.000 environ en 2019. Ainsi d’ici deux ans, les embauches des cadres pourraient être supérieures de 50% à ce qu’elles étaient en 2013. Juste avant la crise de 2008, les bonnes années, les recrutements de cadres plafonnaient à environ 208.000.

Plus de cadres en raison de la tertiarisation de la société

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… Pas tout à fait cependant. D’abord, ces prévisions sont basées sur des taux de croissance du PIB relativement soutenus, avec 1,6% cette année – ce que l’Insee et la Banque de France pensent tout à fait réalisable – mais aussi en 2018 et une accélération à 1,8% en 2019. Par ailleurs, il convient aussi de comparer ce qui est comparable. L’offre d’emploi-cadre augmente, notamment en raison de la tertiarisation de la société. La population cadre représente maintenant environ 21% de la population active salariée contre 10% encore dans les années 1990. Autrement dit, la fonction « cadre » ne correspond plus forcément à une fonction « d’encadrement » d’une équipe, elle augmente « naturellement » en volume du fait de l’émergence de certaines fonctions qui n’existaient pas ou peu il y a vingt ans.

Ensuite, il y a de grandes différences parmi les profils de cadres recherchés. Parmi les entreprises qui souhaitent recruter un cadre au troisième trimestre 2017 – elles sont 58% dans ce cas, en hausse de six points sur un an – plus de 80% cherchent des cadres ayant entre un et dix ans d’ancienneté. Elles ne se sont plus que 44% à chercher des jeunes diplômés et 43% des « seniors » de plus de 20 ans d’expérience… Il est donc toujours difficile d’être un jeune diplômé tout juste sorti de l’école ou un cadre « senior » à la recherche d’un emploi… Même si la situation s’améliore un peu du fait des tensions qui se manifestent sur le marché du travail. De fait, 66% des entreprises déclarent avoir des difficultés pour recruter des cadres correspondants à leurs attentes, et l’APEC signale, qu’en moyenne, 36 candidats répondent maintenant à ses offres d’emploi contre 42, un an plus tôt.

Les métiers de l’informatique drainent un quart des offres d’emploi

Bien entendu également, tous les métiers ne profitent pas de façon comparable de cette reprise. Ainsi, avec un volume d’embauches estimé à 57.000, les métiers de l’informatique représentent à eux seuls près du quart des recrutements de cadres envisagés. Mieux, si on ajoute l’ingénierie et le conseil à l’informatique, à eux trois, ces métiers rassemblent 44% des offres d’emploi.

Cela dit, signe que la reprise est là, même dans des secteurs jusqu’ici en difficulté et qui ne prévoyaient donc pas de recrutements en masse, les choses semblent évoluer. Ainsi, dans l’industrie, 64% des entreprises envisagent de recruter un cadre au troisième trimestre, soit une hausse de… 9 points sur un an. Idem dans la construction – boostée par l’immense chantier du Grand Paris – où cette proportion est passée en un an de 47% à 58%. En revanche, dans la banque/assurance et le commerce et les transports, le nombre des recrutements n’enregistre aucune progression notable.

Jean-Christophe Chanut

@jcchanut

Et pendant ce temps, un nouvel accord s’est négocié…

Ah, il s’est fait bien discret !… Pourtant son entrée en vigueur à la prochaine rentrée ne fait aucun doute. Et si BCN est loin de  ne penser qu’aux seniors, il faut reconnaître que gérer une 2e, voire une 3e carrière est loin d’être évident, autant pour des raisons techniques objectives, (l’arrivée massive de l’Intelligence Artificielle et des robots, par exemple) que pour des a priori et des prétextes de circonstance (les conflits inter-générationnels, comme l’a montré l’OMIG*).

Cette fois, il s’agit de l’assurance chômage, dont voici les nouvelles modalités :

Assurance-chômage : les seniors, perdants du nouvel accord.

Au final, ce sont 900 millions d’euros d’économies que l’accord devrait générer, et une précarité accrue. A contrario, pas de nouvelle mesure réellement incitative pour aborder de façon spécifique le traitement de l’emploi senior. En résumé, tout change, rien ne change…

L’Ours.

OMIG : Office du Management inter-générationnel.

ENFIN !

Vous avez sans aucun doute connu des moments d’agacement en recevant dès le premier instant d’arrivée sur la page d’accueil d’un site Internet la proposition suivante : Voulez-vous télécharger notre APP ? Souhaitez-vous être géolocalisé ?

Au-delà du côté éminemment intrusif de ces messages, (auquel il faut rajouter celui des cookies « pour notre bien »), se pose la question de leur pertinence ! Prenons un exemple : si je m’abonne à l’édition numérique du grand quotidien de ma région d’origine, ce n’est surtout pas pour recevoir des informations géolocalisées de Bourgogne ! De même, la géolocalisation de mon compte bancaire ne m’apporte aucune plus-value (si seulement !).

De même, les milliers d’APPs qui servent surtout à saturer les capacités des terminaux mobiles apportent plus souvent un « leurre de service » qu’un plus lié à la mobilité, une sorte de « fil à la patte » qui verrouille, plus qu’un outil véritable de mobilité.

J’en étais là, ruminant mes réflexions de vieil ours ronchon sur l’espace-cerveau disponible de mon compatriote costarmoricain Patrick Le Lay, (13 ans déjà que je ne regarde plus TF1), quand est arrivé ce matin l’éditorial du « Post », pas le Huftington P. celui de l’ARCEP, le magazine de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications, qui annonce l’ère de la conversation. Il était temps ! Dans cet excellent article que je vous invite à découvrir, on retrouve une loi de base de la transmission : 3 éléments présents, un émetteur, un récepteur et un signal (un contenu). Et après tout, qu’est-ce-qu’une conversation si ce n’est une forme très particulière de transmission ? Bienvenue dans l’ère de la conversation !

Bienvenue dans l’ère de la conversation

Bonne lecture. Signé : L’Ours.

Garder sa capacité à s’émerveiller.

Je suis entouré de ces personnes : bienveillantes, positives, créatives… et j’avoue que cela me fait un bien fou ! Certes, nous ne vivons pas dans le monde des Bisounours, le chômage fait des ravages, la planète se réchauffe ! Alors, pourquoi malgré nos réflexes  de scepticisme, recherchons-nous les positifs, les enthousiastes, les fonceurs, les entreprenants ? Mais parce qu’ils nous boostent, et qu’au fond, on les envie. Malgré le triste monde qui les entoure, ils « ne perdent pas leur vie à la gagner ». Leur âme d’enfant les guide dans la caverne d’Ali Baba ; ils savent y dénicher des trésors qui vous échappent : ils savent s’émerveiller.

L’article des Inrocks

Il ne s’agit pas « d’enfiler des lunettes roses » mais de porter autour de nous un regard « désirant » (nous dirions « bienveillant »). A travers les deux ouvrages de Fabrice Midal : « Foutez-vous la paix, et commencez à vivre », et de Belinda Cannone « S’émerveiller », nous sommes invités à entrer en rapport avec notre propre vie, grâce à la pleine-conscience (mind-fulness) de ce qui est.

A vous de jouer – A. Turuban

On ne m’avait jamais parlé comme ça !

Et pourtant, confusément, je sens que ce discours est le bon. Aussi, avant de vous laisser découvrir l’article, voici quelques raisons qui devraient vous convaincre :

La première raison, c’est que le CV idéal n’existe pas. Et quand bien même il existerait, c’est la Lettre de Motivation qui « n’irait pas », ne serait pas en adéquation… Ah, mais vous n’avez pas vu ci, pas fait ça, vous ne parlez pas l’albanais (capitale de l’Albanie ? Tirana, sans Y ni H, merci. A ne pas confondre avec un poisson carnivore). Ah, vous parlez albanais ? De toute façon, vous êtes trop vieux, trop cher.

La deuxième raison, c’est que vous n’allez pas, là, créer, inventer ou acquérir les réelles compétences nécessaires, et que vous n’avez pas !

Conclusion : votre meilleure chance, c’est vous-même. Si vous préférez, votre aura, vos « soft-skills », votre aisance communicationnelle, votre capacité à vous intégrer. Ajoutons : à faire preuve de mordant, à vous accrocher, sinon quelqu’un le fera à votre place, et qui n’aura pourtant rien de déterminant de plus que vous. L’afflux des candidatures fait que tout se joue à des détails. Et le plus important d’entre eux, c’est « l’estime de soi ».

Et maintenant, place à l’article :

Les 6 erreurs courantes

On en reparle ?

Encore l’ours ! Attendez un peu…

(English Version) Je me rappelle avoir posé cette question dans une Masterclass de management 2.0 à la commission européenne : comment pouvons-nous développer notre leadership ? Quelles sont les meilleures universités ou diplômes pour y parvenir ? Je n’ai obtenu qu’un silence embarrassé. Je constatais que les personnes de l’auditoire ne parvenaient pas à formuler […]

via Leadership en action : développer la collaboration — #hypertextual

Editorial

Comment se positionne notre territoire dans la nouvelle économie dessinée par la Loi Notre ? Dit autrement, la région Bourgogne Franche-Comté va-t-elle tirer son épingle du jeu dans le concert des 13 grandes régions ?

C’est l’objet du N°30 de la Revue Emploi et Territoires publiée pendant la trêve des confiseurs :

Synthèse du rapport 2016 de l’Observatoire des Territoires

Il apparaît que les métropoles régionales de l’Ouest (Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse) et du Sud (Marseille, Montpellier) attirent l’activité, la croissance et l’emploi dans une dynamique positive. Il ressort aussi de l’étude que les raisons du succès sont objectives : la douceur du climat, la présence littorale, l’identité industrielle (aéronautique à Toulouse)… Bref, ce qui explique les résultats est lié à des éléments objectifs. L’orientation de Dijon-Métropole et le dossier gastronomie – oenologie – bien-être – tourisme semblent apporter l’identité qui manquait à notre région. C’est tout ce que nous pouvons nous souhaiter !

Antoine Turuban

Un livre pour Noël.

Bourgogne Collaborative a décidé de vous frayer un chemin à travers la jungle des parutions littéraires de cette rentrée, enfin presque… Entre les nouveaux Games of Throne, et les 50 nuances suivantes de Grey, voici un ouvrage qui paraîtra le 5 janvier 2017. Interrogé par Le Vent se lève, média d’opinion alternatif, David Cayla, son auteur, enseignant à l’Université d’Angers, chercheur au GRANEM, Jeune économiste en vue, Membre des Economistes Atterrés, répond aux questions sur le protectionnisme et sa compatibilité avec un projet social.

Selon vous, le protectionnisme peut être un levier pour une politique de progrès social, pouvez-vous nous en dire plus ?

François Hollande, comme beaucoup de monde, confond protectionnisme et autarcie. Or, les deux termes n’ont strictement rien à voir. En matière de politique commerciale, trois doctrines sont possibles. Le libre-échange, qui promeut une suppression des régulations publiques en matière de commerce international pour laisser au marché la plus grande latitude possible ; l’autarcie qui, à l’inverse, entend restreindre le plus possible le commerce avec l’étranger ; et enfin le protectionnisme qui entend réguler et intervenir dans le commerce international pour ne pas laisser les forces du marché décider seules de la nature et du volume des échanges commerciaux.

Le protectionnisme n’est pas un enfermement mais un interventionnisme. La preuve en est que parmi les mesures protectionnistes les plus usitées il y a les subventions aux exportations qui tendent non à réduire mais à augmenter les échanges commerciaux. L’Europe a d’ailleurs été longtemps accusée de protectionnisme par les pays en voie de développement, pour ses subventions agricoles .

L’autre erreur de François Hollande c’est de transformer ce qui n’est qu’un outil économique, une politique commerciale, en objet moral. A l’entendre, le protectionnisme serait intrinsèquement « dangereux ». Or, cette position est absolument intenable pour un responsable politique socialiste qui, par ailleurs, entend « réguler » les marchés.

Comment peut-on d’un côté considérer que l’intervention de l’État sur les marchés à l’intérieur des frontières est bonne, mais que la même intervention se transforme subitement en catastrophe dès lors qu’il s’agit de contrôler les flux marchands internationaux ? Si les marchés dérégulés sont inefficaces dans la finance, les services publics, la production de logement, la médecine… pourquoi seraient-ils efficaces à l’échelle internationale ?

En fait, pour éviter toute confusion, il faudrait changer notre vocabulaire. Au lieu de « libre-échange », il faudrait parler de « dérégulation », et au lieu de « protectionnisme » il faudrait parler « d’interventionnisme » ou de « régulation ». Ainsi, on pourrait traduire la pensée de Hollande de manière plus compréhensible : « Le plus grand danger, c’est la régulation du commerce international, c’est l’enfermement ». Et on comprend aussitôt en quoi une telle phrase est absurde. […]

Au lieu de se faire le porte-voix des victimes de la mondialisation et de les accompagner politiquement en leur proposant un débouché politique de type néo-protectionniste, les partis de gauche qui revendiquent l’héritage des mouvements ouvriers se sont lancés, en guise d’internationalisme, dans le projet européen, arguant que face à la mondialisation l’Europe ferait office de protection.

Je me souviens des affiches de la campagne du traité de Maastricht qui expliquaient que la construction européenne permettrait de faire le poids face aux puissances américaines et asiatiques. Mais l’Europe comme instrument de protection, c’est une vaste blague !

La politique commerciale européenne inscrite dans les traités est explicitement libre-échangiste. Elle interdit à ses membres toute régulation du Marché unique, elle impose un commerce de plus en plus dérégulé conforme aux règles de l’OMC et prohibe toute mesure nationale ou européenne qui aurait pour effet de restreindre les mouvements de capitaux vis-à-vis de pays tiers.

Le problème c’est qu’une fois cette stratégie engagée, il n’existe aucun retour en arrière possible. La politique commerciale est un domaine exclusif de l’Union qui négocie au nom de l’ensemble des États. C’est la raison pour laquelle la plupart des traités commerciaux que signe l’UE ne nécessitent pas de ratification par les 28 États membres. Seuls les traités dits de « nouvelle génération », qui dépassent largement le cadre commercial et donc les prérogatives de l’Union nécessitent le double accord des États et des instances européennes. Voilà pourquoi les traités de libre-échange signés avec la Turquie ou les pays d’Afrique du Nord par exemple n’ont pas été ratifiés par les États, contrairement au CETA et au TAFTA qui doivent être validés à la fois au niveau national et au niveau de l’Union.

Cela dit, même ces traités de nouvelle génération entrent en application « provisoire » avant les ratifications nationales. C’est ainsi que le traité de libre-échange signé en 2011 avec la Corée du Sud entra en application provisoire dès cette date et ne fut adopté définitivement qu’en 2015, après les ratifications nationales. C’est d’ailleurs exactement le même scénario qui est envisagé aujourd’hui pour le CETA. La levée de l’hypothèque wallonne et de son ministre-président Paul Magnette a ouvert la voie à une mise en application « provisoire » du CETA. Le provisoire pouvant durer plusieurs années, les ratifications nationales n’auront du coup qu’à valider a posteriori l’existant. Et si certains pays ne ratifient pas, ils auront bien entendu le droit de revoter jusqu’à ce que ratification s’en suive.

En somme, en se donnant à l’Europe, les partis de gauche se sont enfermés dans une logique libre-échangiste sur laquelle ils n’ont aucun contrôle. C’est pour cette raison que seuls les partis anti-européens peuvent se permettre d’être protectionnistes. Voilà pourquoi, à titre personnel, je me méfie des candidats qui prennent des postures critiques sur le libre-échange tout en refusant de rompre avec l’Union européenne. Dans le cadre des traités européens actuels, il n’y a aucun moyen de rompre avec le libre-échange.

Qu’entendez-vous par là ? Doit-on vraiment rompre avec l’Union Européenne pour mettre en place des mesures protectionnistes ? Cela semble difficile à imaginer. Comment se passerait la mise en place de mesures protectionnistes à l’échelle nationale, et sur quels segments de l’économie ?

Avec Coralie Delaume, dans un ouvrage qui va paraître prochainement[1], nous faisons le constat que l’Union européenne est en fait déjà pratiquement morte. Certes, les institutions fonctionnent en apparence, mais ce qui est au cœur du projet européen, c’est un ensemble de règles communes qui encadrent l’action des États. Depuis 1957, ces règles n’ont cessé de se renforcer en créant un droit supranational hors de portée des citoyens. Or, depuis quelques années, nous assistons à un point de bascule. Les règles européennes deviennent inapplicables et sont de fait de plus en plus contournées sans que les sanctions prévues ne tombent.

La Commission a ainsi renoncé à sanctionner l’Espagne et le Portugal qui pourtant ne parviennent plus à réduire leurs déficits publics au rythme attendu ; elle ferme les yeux sur les excédents macroéconomiques de l’Allemagne qui sont pourtant considérables ; elle est restée passive en 2015 lorsque Angela Merkel a unilatéralement renoncé à appliquer le règlement de Dublin sur le droit d’asile ; par ailleurs, elle n’a rien pu faire non plus lorsque de nombreux États ont ensuite rétabli les contrôles aux frontières, suspendant de fait le traité de Schengen. Enfin, elle a renoncé à sanctionner les gouvernements autocratiques hongrois et polonais.

La dernière réforme constitutionnelle hongroise a pourtant largement transformé le système judiciaire hongrois à tel point qu’aujourd’hui la Hongrie peut légalement s’extraire de l’ordre juridique européen.

Si l’Union européenne devient incapable de faire appliquer ses propres règles, alors n’importe quel pays peut faire à peu près ce qui lui plait, y compris en matière commerciale. Par exemple, Arnaud Montebourg a prévu de réserver une partie des commandes publiques à des entreprises nationales. C’est évidemment contraire aux règles du Marché unique, mais si l’Union renonce à sanctionner l’Allemagne pour ses excédents, pourquoi la France ne bénéficierait pas elle aussi d’un passe-droit ?

Même si aucun pays de l’Union ne peut instaurer de droits de douanes à ses frontières, un certain protectionnisme peut être mis en place via une taxe sur la consommation, par exemple en instaurant une contribution « sociale » ou « carbone » qui pourrait s’appliquer aux produits qui ne disposent pas d’un bon bilan social ou environnemental.

Les produits made in China, qui ont parcouru des milliers de kilomètres ou qui ont été produits par des entreprises où les salaires sont extrêmement faibles et où il n’existe pas de liberté syndicale pourraient ainsi être davantage taxés que les produits réalisés dans des pays socialement avancés ou géographiquement proches. De même, les fraises produites en Espagne ou a Maroc seraient davantage taxées que les fraises du Roussillon, plus proches des lieux de consommation français.

Un protectionnisme intelligent est un protectionnisme qui tend vers un objectif de politique publique. Pour moi, la priorité devrait être de rétablir en France un équilibre territorial. Actuellement, la France est en voie de désindustrialisation accélérée et la crise agricole endémique fragilise ses territoires ruraux. Le libre-échange frappe de fait prioritairement les agriculteurs et les ouvriers, c’est-à-dire les populations déclassées éloignées des centres villes.

Un protectionnisme intelligent doit donc, sans nier le marché, orienter celui-ci pour qu’il évite de brutaliser ces régions fragilisées. On a su, avec l’instauration des Appellations d’origine protégées (AOP) éviter l’effondrement agricole de nombreux territoires (même si les AOP ne couvrent qu’une petite partie de l’activité agricole). On pourrait de la même façon protéger l’industrie et les savoir-faire traditionnels dans de nombreuses régions grâce à une politique de soutien active.

À l’échelle nationale, la France doit maintenir une industrie généraliste et éviter une spécialisation trop restreinte qui lui ferait courir le risque d’un effondrement économique en cas de crise de son secteur de spécialisation. Il faut donc continuer à faire du textile, de l’électronique, de l’électro-ménager… en supprimant les avantages-coûts dont bénéficient les pays à bas salaire par un système de taxation adéquat.

La commande publique est essentielle pour garantir des débouchés. Par exemple, la commande d’uniformes peut appuyer la reconstruction d’une industrie textile nationale. N’oublions pas que Saint-Gobain, le leader mondial des verres qui emploie plus de 180 000 personnes dans le monde est une entreprise née de la commande publique et de la volonté de Colbert de ne pas acheter les miroirs de la galerie des glaces à des industriels vénitiens.

Ces mesures sont tout à fait applicables dans le cadre d’une économie capitaliste raisonnable. Elles ne doivent pas cependant se prendre de manière agressive ni conduire à une forme d’autarcie en niant l’utilité du marché ou des échanges internationaux.

Dans le cadre d’une politique protectionniste telle que je la conçois on doit maintenir des liens commerciaux avec tous les pays, y compris la Chine, et les accompagner dans le progrès social et écologique en réduisant les taxes au fur et à mesure que des progrès sociaux s’accomplissent. Il ne s’agit pas non plus d’interdire tout investissement étranger ou de payer hors de prix une production nationale inefficace. Ne remplaçons pas le dogme du libre-échange par le dogme de l’interventionnisme. Le protectionnisme n’est qu’un outil, pas une religion.

[1] Coralie Delaume et David Cayla, La Fin de l’Union européenne, Michalon, Paris 2017. A paraître le 5 janvier.