Notre relation au travail.

Tout le PAF (paysage audiovisuel français) bruit des adieux bouleversants de David Pujadas au J.T. de 20 heures de France 2. Et si tout cela n’était que la manifestation de notre nouvelle relation au travail ? La discussion est vive entre membres de BCN, aussi pour éclairer ce débat, le secrétariat a documenté la question :

Lettre ouverte à David Pujadas

Cette vibrante plaidoirie en faveur de l’adaptabilité, est bien dans l’air du temps ; pour ainsi dire c’est le « must think » d’aujourd’hui, comme il y avait autrefois des « must have » consuméristes…

En économie, le credo européen reste celui du chancelier Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain, qui font les emplois d’après-demain ». Donc, l’adaptabilité, la flexi-sécurité, la réduction du welfare state vont bien dans le sens demandé : en nous formant en permanence, pour acquérir des connaissances nouvelles chaque jour, devenir chaque jour plus productifs, sommes-nous certains de contribuer pour demain au plein-emploi pour nos enfants ?

Il faudrait pour cela commencer par distinguer différentes catégories d’investissements selon l’objectif poursuivi par l’agent économique.
- L’investissement de capacité désigne l’achat de capitaux fixes en vue d’augmenter les capacités de production (ex : achat de machines supplémentaires, etc.). Cet investissement est créateur d’emplois.
- L’investissement de productivité consiste en l’achat de capitaux fixes en vue d’améliorer l’efficacité de la production sans pour autant augmenter les capacités de production (ex : remplacement des salariés par les machines). Cet investissement peut être destructeur d’emplois.
- L’investissement de remplacement désigne l’achat de capitaux fixes en vue de remplacer les capitaux fixes usés ou obsolètes. Cet investissement est sans effet sur l’emploi.

La plupart des investissements dans les nouvelles technologies, (qu’ils fassent appel ou non à l’IA – l’intelligence artificielle), répond à un nouvel impératif : ce sont des investissements de compétitivité – ou de conquête de parts de marché, si l’on préfère : si je ne crée cette application, mon concurrent le fera à ma place, et ses coûts de RH en seront réduits… Si je ne distribue pas mes colis ( ou mes pizzas) par des drones, ces milliers de porteurs ou de facteurs qui les portent aujourd’hui avec – ou sans – un sourire ou un mot aimable, vont plomber ma compétitivité.

L’évolution de l’espèce humaine, concept très darwinien, répond à l’impératif de sélection naturelle : les plus forts survivront. Si je suis le plus fort, le plus résistant, le plus flexible, que m’importent au fond tous les « laissés pour compte » de l’économie numérique ? Il manque donc deux valeurs à cette ambition : la dignité qu’apporte à chacun un travail authentique, et le souci de produite un développement durable, c’est-à-dire une planète saine et viable où il fera bon vivre aux générations futures.

Les secrétaires.

Et pendant ce temps, un nouvel accord s’est négocié…

Ah, il s’est fait bien discret !… Pourtant son entrée en vigueur à la prochaine rentrée ne fait aucun doute. Et si BCN est loin de  ne penser qu’aux seniors, il faut reconnaître que gérer une 2e, voire une 3e carrière est loin d’être évident, autant pour des raisons techniques objectives, (l’arrivée massive de l’Intelligence Artificielle et des robots, par exemple) que pour des a priori et des prétextes de circonstance (les conflits inter-générationnels, comme l’a montré l’OMIG*).

Cette fois, il s’agit de l’assurance chômage, dont voici les nouvelles modalités :

Assurance-chômage : les seniors, perdants du nouvel accord.

Au final, ce sont 900 millions d’euros d’économies que l’accord devrait générer, et une précarité accrue. A contrario, pas de nouvelle mesure réellement incitative pour aborder de façon spécifique le traitement de l’emploi senior. En résumé, tout change, rien ne change…

L’Ours.

OMIG : Office du Management inter-générationnel.

Une formation de formateurs exemplaire.

A Cesson-Sévigné, ce vendredi, nous avons pu constater l’écart entre AEC, l’association Action Emploi Cesson, créée il y a plus de 20 ans, adossée à la Maison de l’Emploi locale, et BCN, encore occupée majoritairement par son développement.

Cela nous a confortés dans la partenariat élaboré avec AEC depuis quelques mois, et signé début 2017 : l’idée ne devait pas être si mauvaise, puisque des essaimages ont eu lieu depuis à Bruz, à Saint-Jacques de la Lande.

Une journée entièrement consacrée aux contenus, à l’échange, aux confrontations des expériences. Nos 4 animateurs Floriane, Marie-Ange, Alain et Michel ont donné le meilleur pendant des heures : expérience Web, pratique de l’argumentation « commerciale », analyse des offres et des réponses…

Le Président Alain Blais (signataire de la convention qui nous lie), nous a fait l’honneur de se joindre à nous pour le déjeuner et témoigner des nombreuses réussites de l’association AEC, aussi bien sur le taux de réussite des adhérents, et sur l’emploi des jeunes qui sortent du Service Civique.

En fin de compte, nous voici tous ensemble à la tête d’un capital de savoir et d’expérience, enrichi dans quelques jours d’un module en ligne ; à nous de nous en emparer et de renforcer nos adhérents dans leurs démarches vers l’emploi. Cette action était au coeur de notre Plan d’Action 2017.  Cela commence jeudi !

Signé : L’ours.

La journée des solidarités.

Alors que ce matin-même Nicolas Hulot, le célèbre présentateur de l’émission Ushuaïa lançait un appel aux solidarités au nom de 80 ONG, pour « apporter de la vie et un supplément d’âme à la campagne présidentielle », il a légitimé son action au nom de la France invisible, (vous, nous…) qui avons compris depuis longtemps que l’on ne pourrait pas poursuivre l’infernale accumulation de richesses, qui voit 1 % des plus riches détenir 96 % des richesses. Comme le souligne Nicolas Hulot, dans ces conditions, toute redistribution ne peut « s’opérer qu’à la marge ». Un certain Joseph Stiglitz (au demeurant Prix Nobel d’économie), avait fait il y a 15 ans le même constat : depuis, dans tous les pays, l’écart n’a fait que s’aggraver. Les inégalités proviennent à 60 % de l’endroit où l’on vit, à 20 % du milieu d’où l’on vient, et seulement à 20 % de ses mérites personnels.

Alors, que pouvons-nous faire ? L’invitation reçue hier à BCN nous montre la voie ! Elle émane  :

de BBZ 21 (Bleu-Blanc-Zebre), mouvement citoyen regroupant 200 opérateurs de la société civile tels que des associations, fondations, acteurs des services publics, mairies, mutuelles ou entreprises, réalisant une action efficiente permettant de résoudre un problème de la société en impliquant les citoyens dans sa résolution.

et de SNC (Solidarités Nouvelles face au Chômage) association amie avec qui nous échangeons régulièrement sur nos pratiques. En voici le texte intégral :

Les antennes en Bourgogne du mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre (BBZ) et de l’association Solidarités Nouvelles face au Chômage (SNC) ont constaté la multiplicité et la diversité des acteurs engagés en faveur de l’emploi dans le bassin dijonnais : acteurs publics, associations, fondations d’entreprise, acteurs institutionnels, etc. Généralistes ou spécialisés, accompagnant des personnes vulnérables très éloignées de l’emploi ou de jeunes entrepreneurs en phase de création, chaque acteur paraît détenir un réel savoir-faire à son niveau.

Un café pour partager ses expériences

SNC et les Zèbres sont convaincus que, partagés, ces savoir-faire ne peuvent qu’être bénéfiques à la lutte contre le chômage et l’action en faveur de l’emploi et de l’insertion. Nous avons donc décidé de proposer à l’ensemble des acteurs engagés en faveur de l’emploi dans le bassin dijonnais une rencontre en mai juin pour échanger et partager sur les problématiques que nous pouvons rencontrer et les solutions que nous avons pu imaginer.

Un café en deux temps

Cette rencontre, un café Zèbre sur l’emploi, s’articulera en deux temps :

  • Une table ronde durant laquelle quelques grands témoins (sociologue, philosophe ou acteurs de terrain) nous apporteront un regard global sur les questions de l’emploi ;
  • Plusieurs ateliers thématiques dans lesquels chacun puisse exposer et partager ses pratiques, expériences et solutions.

L’enjeu de cette rencontre serait tout à la fois de favoriser la rencontre et la connaissance entre les acteurs du bassin dijonnais tout autant que l’amélioration des pratiques de chacun par le partage d’expériences et la mise en valeur des actions innovantes.

Les Zèbres et SNC souhaitent dès à présent vous inviter à co-construire cette rencontre tant sur le fond que la forme.  La réunion de cadrage se tiendra le jeudi 13 avril 2017 à 18h au foyer Urbanalis 4 rue du Pont des Tanneries

Une magnifique occasion

Il se trouve que nous avions souhaité nous associer avec toutes les bonnes volontés pour répondre au « sourcing » de Pôle-Emploi, pour des prestations spécifiques sur la rupture de l’isolement, le traitement de freins psychologiques à l’emploi, la mise en situation individuelle et collective face à la recherche d’emploi. C’est le bon moment !

Signé : L’ours, les citoyens et les zèbres.

Le printemps des Seniors.

Dix-huit jours sans nouvelles de BCN ? Mais où sont-ils passés ? Cet édito a pour ambition de vous tenir au courant des rencontres, démarches, projets de votre association. Mais commençons par le début : pourquoi sommes-nous méfiants à l’égard de ce mot, qui signifie simplement « plus âgé » ? En sport, passer de cadet à junior, puis de junior à senior est à la fois une marque d’évolution physique, mais également de performance.

C’est une dérive qui conduit à assimiler « seniors » et « vétérans » : à 45 ans, nous sommes entrés dans notre 2e vie professionnelle, mais encore « en pleine force de l’âge ». Voici ce qu’en dit Cadreo : Cadres seniors en entreprises

Refuser l’obsolescence programmée des cadres, nous avait semblé il y a deux ans une bonne raison d’être candidats au salon « Bien vieillir en Côte-d’Or ». C’est fait ! Nous nous y sommes employés, et notre stand figurera en très bonne place dans le village des associations. De plus, nous intervenons le samedi 25 Mars dans des ateliers sur nos activités et spécificités, sur une plage de 10 heures à 15 heures. C’est dire la portée que le Conseil Départemental a accordée à notre discours dissonant.

En somme, nous partons du principe que la meilleure façon de faire valoir une opinion, un point de vue, surtout s’il est minoritaire, c’est de l’exprimer haut et clair !

Alors, parlez et faites parler de BCN présent au Salon du Bien Vieillir en Côte d’Or, et surtout venez nombreux !

Antoine Turuban

Formation Associative 2017.

Nous recevons ce matin l’information suivante :

Chaque année, la Ville de Dijon met en place un programme complet de formations gratuites à destination des responsables, salariés et bénévoles associatifs. Ce programme est élaboré en tenant compte des échanges quotidiens avec le milieu associatif et en fonction des besoins exprimés par les associations.

Les inscriptions s’effectuent de façon dématérialisée. Le formulaire d’inscription est disponible dès à présent sur le site extranet de la ville (que nous utilisons déjà pour toutes nos relations dématérialisées) :   www.mydijon.fr/association.

Nous attirons votre attention sur la nécessité de disposer d’un compte (ou profil) My Dijon afin d’accéder au formulaire d’inscription et vous invitons à effectuer cette démarche dès à présent, le nombre de places disponibles pour les sessions de formation étant limité.

Ces formations étant gratuites, nous vous remercions de bien vouloir prévenir le plus rapidement possible la Maison des Associations en cas de désistement, afin de pouvoir libérer une place pour une autre association.

N’hésitez pas à contacter les agents de la Maison des Associations pour toute question ou renseignement complémentaire. »

Commentaire du bureau de BCN :

Le détail du calendrier 2017 nous est parvenu dans la foulée : petite déception, le projet de  formation « Boîte à outils digitale et usage des réseaux sociaux »a été bien édulcoré. Dès que votre choix est fait, nous adresser vos souhaits via le portail de l’association !

Les formations 2017

Vous êtes attendus nombreux ! Par ailleurs, en 2016 les formations « rédaction du projet associatif » avaient toutes été annulées, et cela nous a conduits à mener des réflexions, sans pour autant effectuer la mise en forme nécessaire. Espérons que cette année cette lacune sera comblée !

A. Turuban

ENFIN !

Vous avez sans aucun doute connu des moments d’agacement en recevant dès le premier instant d’arrivée sur la page d’accueil d’un site Internet la proposition suivante : Voulez-vous télécharger notre APP ? Souhaitez-vous être géolocalisé ?

Au-delà du côté éminemment intrusif de ces messages, (auquel il faut rajouter celui des cookies « pour notre bien »), se pose la question de leur pertinence ! Prenons un exemple : si je m’abonne à l’édition numérique du grand quotidien de ma région d’origine, ce n’est surtout pas pour recevoir des informations géolocalisées de Bourgogne ! De même, la géolocalisation de mon compte bancaire ne m’apporte aucune plus-value (si seulement !).

De même, les milliers d’APPs qui servent surtout à saturer les capacités des terminaux mobiles apportent plus souvent un « leurre de service » qu’un plus lié à la mobilité, une sorte de « fil à la patte » qui verrouille, plus qu’un outil véritable de mobilité.

J’en étais là, ruminant mes réflexions de vieil ours ronchon sur l’espace-cerveau disponible de mon compatriote costarmoricain Patrick Le Lay, (13 ans déjà que je ne regarde plus TF1), quand est arrivé ce matin l’éditorial du « Post », pas le Huftington P. celui de l’ARCEP, le magazine de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications, qui annonce l’ère de la conversation. Il était temps ! Dans cet excellent article que je vous invite à découvrir, on retrouve une loi de base de la transmission : 3 éléments présents, un émetteur, un récepteur et un signal (un contenu). Et après tout, qu’est-ce-qu’une conversation si ce n’est une forme très particulière de transmission ? Bienvenue dans l’ère de la conversation !

Bienvenue dans l’ère de la conversation

Bonne lecture. Signé : L’Ours.

Pourquoi nous avons fait l’UNESCO.

Présenté comme cela, le célèbre Trident parisien semble tout proche de celui du Boulevard Voltaire à Dijon. Et pourtant, la commission « Unesco » de BCN a planché sur une stratégie de développement de l’emploi et des perspectives pour les cadres…

Mieux encore, maintenant que nous connaissons le résultat des courses, notre idée reste viable, et qui sait si elle ne renaîtra pas dans quelque temps? Racontons donc tout cela par le menu : en Novembre 2015, nous avions soumis à Laurent Grandguillaume, notre député et rapporteur de la Loi « Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée » l’idée de porter un projet mêlant cette Loi et les opportunités ouvertes par l’entrée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO des « Climats de Bourgogne ».

Parmi les 10 Territoires de l’expérimentation, 3 communes candidates de Côte d’Or se trouvaient dans la zone concernée : nous avons élaboré pour la Communauté de Gevrey-Chambertin, avec le soutien matériel et amical de Christophe Lucand, un Schéma Directeur porteur d’une trentaine de créations d’emplois durables, dans la signalétique, l’aménagement de voirie et l’oenotourisme. Plus fort, ces emplois devaient à terme devenir rentables, et alimenter d’autres créations, d’autres aides.

Alors ? Le fait qu’aucune commune de Côte d’Or n’apparaisse dans les 10 retenues ne doit pas nous décourager : cela faisait partie des risques et nous le savions. Nous avons gardé la confiance des décideurs sur ce projet. Par ailleurs, le modèle économique qui sous-tend la Loi Grandguillaume est solide et enthousiasmant. Dépenser 36 Milliards d’€ par an à fonds perdus pour lutter contre le chômage, n’a rien à voir avec l’autre solution, qui consiste à offrir des emplois pour le même montant, rendre leur dignité et des perspectives à d’anciens chômeurs de longue durée : deux communes bretilliennes (Ille-et-Vilaine) vous en apportent la preuve. Elles figuraient depuis longtemps parmi les favorites de la sélection :

Pipriac et Saint-Ganton

Le témoignage des nouveaux embauchés de TEZEA (l’entreprise à but d’emploi) vaut bien tous les efforts. Dans 5 ans, si le Parlement décide de généraliser l’expérimentation, nous serons fiers d’avoir ainsi contribué à « défricher » !

Bonne Année !

Bonne année !

En cette soirée de St-Sylvestre, la nouvelle équipe de Bourgogne Collaborative Network (association à but non lucratif) a décidé de vous offrir un cadeau original et précieux, une phrase magique : Gardarem lo moral !

Et pour vous donner une raison solide de respecter ce mot d’ordre, voici une étude très sérieuse qui va vous convaincre que :

Le monde ne va pas si mal

C’est très sérieux. Hubert Reeves soulignait récemment sur France Inter que les risques de mort violente (par guerre ou assassinat) sont de nos jours 50 fois moins élevés qu’au Moyen-Age ! Plus incroyable encore, ils continuent à baisser…

Et si 2016 vous a paru morne ou catastrophique, apprenez que tout cela vient de vous, que c’est dû à une baisse de votre taux de tolérance ! Alors que pouvons-nous nous souhaiter collectivement pour 2017 ? De retrousser nos manches, d’aller de l’avant en conservant notre estime de soi et notre moral : alors, oui, décidément, Bonne Année !

Antoine Turuban

Un livre pour Noël.

Bourgogne Collaborative a décidé de vous frayer un chemin à travers la jungle des parutions littéraires de cette rentrée, enfin presque… Entre les nouveaux Games of Throne, et les 50 nuances suivantes de Grey, voici un ouvrage qui paraîtra le 5 janvier 2017. Interrogé par Le Vent se lève, média d’opinion alternatif, David Cayla, son auteur, enseignant à l’Université d’Angers, chercheur au GRANEM, Jeune économiste en vue, Membre des Economistes Atterrés, répond aux questions sur le protectionnisme et sa compatibilité avec un projet social.

Selon vous, le protectionnisme peut être un levier pour une politique de progrès social, pouvez-vous nous en dire plus ?

François Hollande, comme beaucoup de monde, confond protectionnisme et autarcie. Or, les deux termes n’ont strictement rien à voir. En matière de politique commerciale, trois doctrines sont possibles. Le libre-échange, qui promeut une suppression des régulations publiques en matière de commerce international pour laisser au marché la plus grande latitude possible ; l’autarcie qui, à l’inverse, entend restreindre le plus possible le commerce avec l’étranger ; et enfin le protectionnisme qui entend réguler et intervenir dans le commerce international pour ne pas laisser les forces du marché décider seules de la nature et du volume des échanges commerciaux.

Le protectionnisme n’est pas un enfermement mais un interventionnisme. La preuve en est que parmi les mesures protectionnistes les plus usitées il y a les subventions aux exportations qui tendent non à réduire mais à augmenter les échanges commerciaux. L’Europe a d’ailleurs été longtemps accusée de protectionnisme par les pays en voie de développement, pour ses subventions agricoles .

L’autre erreur de François Hollande c’est de transformer ce qui n’est qu’un outil économique, une politique commerciale, en objet moral. A l’entendre, le protectionnisme serait intrinsèquement « dangereux ». Or, cette position est absolument intenable pour un responsable politique socialiste qui, par ailleurs, entend « réguler » les marchés.

Comment peut-on d’un côté considérer que l’intervention de l’État sur les marchés à l’intérieur des frontières est bonne, mais que la même intervention se transforme subitement en catastrophe dès lors qu’il s’agit de contrôler les flux marchands internationaux ? Si les marchés dérégulés sont inefficaces dans la finance, les services publics, la production de logement, la médecine… pourquoi seraient-ils efficaces à l’échelle internationale ?

En fait, pour éviter toute confusion, il faudrait changer notre vocabulaire. Au lieu de « libre-échange », il faudrait parler de « dérégulation », et au lieu de « protectionnisme » il faudrait parler « d’interventionnisme » ou de « régulation ». Ainsi, on pourrait traduire la pensée de Hollande de manière plus compréhensible : « Le plus grand danger, c’est la régulation du commerce international, c’est l’enfermement ». Et on comprend aussitôt en quoi une telle phrase est absurde. […]

Au lieu de se faire le porte-voix des victimes de la mondialisation et de les accompagner politiquement en leur proposant un débouché politique de type néo-protectionniste, les partis de gauche qui revendiquent l’héritage des mouvements ouvriers se sont lancés, en guise d’internationalisme, dans le projet européen, arguant que face à la mondialisation l’Europe ferait office de protection.

Je me souviens des affiches de la campagne du traité de Maastricht qui expliquaient que la construction européenne permettrait de faire le poids face aux puissances américaines et asiatiques. Mais l’Europe comme instrument de protection, c’est une vaste blague !

La politique commerciale européenne inscrite dans les traités est explicitement libre-échangiste. Elle interdit à ses membres toute régulation du Marché unique, elle impose un commerce de plus en plus dérégulé conforme aux règles de l’OMC et prohibe toute mesure nationale ou européenne qui aurait pour effet de restreindre les mouvements de capitaux vis-à-vis de pays tiers.

Le problème c’est qu’une fois cette stratégie engagée, il n’existe aucun retour en arrière possible. La politique commerciale est un domaine exclusif de l’Union qui négocie au nom de l’ensemble des États. C’est la raison pour laquelle la plupart des traités commerciaux que signe l’UE ne nécessitent pas de ratification par les 28 États membres. Seuls les traités dits de « nouvelle génération », qui dépassent largement le cadre commercial et donc les prérogatives de l’Union nécessitent le double accord des États et des instances européennes. Voilà pourquoi les traités de libre-échange signés avec la Turquie ou les pays d’Afrique du Nord par exemple n’ont pas été ratifiés par les États, contrairement au CETA et au TAFTA qui doivent être validés à la fois au niveau national et au niveau de l’Union.

Cela dit, même ces traités de nouvelle génération entrent en application « provisoire » avant les ratifications nationales. C’est ainsi que le traité de libre-échange signé en 2011 avec la Corée du Sud entra en application provisoire dès cette date et ne fut adopté définitivement qu’en 2015, après les ratifications nationales. C’est d’ailleurs exactement le même scénario qui est envisagé aujourd’hui pour le CETA. La levée de l’hypothèque wallonne et de son ministre-président Paul Magnette a ouvert la voie à une mise en application « provisoire » du CETA. Le provisoire pouvant durer plusieurs années, les ratifications nationales n’auront du coup qu’à valider a posteriori l’existant. Et si certains pays ne ratifient pas, ils auront bien entendu le droit de revoter jusqu’à ce que ratification s’en suive.

En somme, en se donnant à l’Europe, les partis de gauche se sont enfermés dans une logique libre-échangiste sur laquelle ils n’ont aucun contrôle. C’est pour cette raison que seuls les partis anti-européens peuvent se permettre d’être protectionnistes. Voilà pourquoi, à titre personnel, je me méfie des candidats qui prennent des postures critiques sur le libre-échange tout en refusant de rompre avec l’Union européenne. Dans le cadre des traités européens actuels, il n’y a aucun moyen de rompre avec le libre-échange.

Qu’entendez-vous par là ? Doit-on vraiment rompre avec l’Union Européenne pour mettre en place des mesures protectionnistes ? Cela semble difficile à imaginer. Comment se passerait la mise en place de mesures protectionnistes à l’échelle nationale, et sur quels segments de l’économie ?

Avec Coralie Delaume, dans un ouvrage qui va paraître prochainement[1], nous faisons le constat que l’Union européenne est en fait déjà pratiquement morte. Certes, les institutions fonctionnent en apparence, mais ce qui est au cœur du projet européen, c’est un ensemble de règles communes qui encadrent l’action des États. Depuis 1957, ces règles n’ont cessé de se renforcer en créant un droit supranational hors de portée des citoyens. Or, depuis quelques années, nous assistons à un point de bascule. Les règles européennes deviennent inapplicables et sont de fait de plus en plus contournées sans que les sanctions prévues ne tombent.

La Commission a ainsi renoncé à sanctionner l’Espagne et le Portugal qui pourtant ne parviennent plus à réduire leurs déficits publics au rythme attendu ; elle ferme les yeux sur les excédents macroéconomiques de l’Allemagne qui sont pourtant considérables ; elle est restée passive en 2015 lorsque Angela Merkel a unilatéralement renoncé à appliquer le règlement de Dublin sur le droit d’asile ; par ailleurs, elle n’a rien pu faire non plus lorsque de nombreux États ont ensuite rétabli les contrôles aux frontières, suspendant de fait le traité de Schengen. Enfin, elle a renoncé à sanctionner les gouvernements autocratiques hongrois et polonais.

La dernière réforme constitutionnelle hongroise a pourtant largement transformé le système judiciaire hongrois à tel point qu’aujourd’hui la Hongrie peut légalement s’extraire de l’ordre juridique européen.

Si l’Union européenne devient incapable de faire appliquer ses propres règles, alors n’importe quel pays peut faire à peu près ce qui lui plait, y compris en matière commerciale. Par exemple, Arnaud Montebourg a prévu de réserver une partie des commandes publiques à des entreprises nationales. C’est évidemment contraire aux règles du Marché unique, mais si l’Union renonce à sanctionner l’Allemagne pour ses excédents, pourquoi la France ne bénéficierait pas elle aussi d’un passe-droit ?

Même si aucun pays de l’Union ne peut instaurer de droits de douanes à ses frontières, un certain protectionnisme peut être mis en place via une taxe sur la consommation, par exemple en instaurant une contribution « sociale » ou « carbone » qui pourrait s’appliquer aux produits qui ne disposent pas d’un bon bilan social ou environnemental.

Les produits made in China, qui ont parcouru des milliers de kilomètres ou qui ont été produits par des entreprises où les salaires sont extrêmement faibles et où il n’existe pas de liberté syndicale pourraient ainsi être davantage taxés que les produits réalisés dans des pays socialement avancés ou géographiquement proches. De même, les fraises produites en Espagne ou a Maroc seraient davantage taxées que les fraises du Roussillon, plus proches des lieux de consommation français.

Un protectionnisme intelligent est un protectionnisme qui tend vers un objectif de politique publique. Pour moi, la priorité devrait être de rétablir en France un équilibre territorial. Actuellement, la France est en voie de désindustrialisation accélérée et la crise agricole endémique fragilise ses territoires ruraux. Le libre-échange frappe de fait prioritairement les agriculteurs et les ouvriers, c’est-à-dire les populations déclassées éloignées des centres villes.

Un protectionnisme intelligent doit donc, sans nier le marché, orienter celui-ci pour qu’il évite de brutaliser ces régions fragilisées. On a su, avec l’instauration des Appellations d’origine protégées (AOP) éviter l’effondrement agricole de nombreux territoires (même si les AOP ne couvrent qu’une petite partie de l’activité agricole). On pourrait de la même façon protéger l’industrie et les savoir-faire traditionnels dans de nombreuses régions grâce à une politique de soutien active.

À l’échelle nationale, la France doit maintenir une industrie généraliste et éviter une spécialisation trop restreinte qui lui ferait courir le risque d’un effondrement économique en cas de crise de son secteur de spécialisation. Il faut donc continuer à faire du textile, de l’électronique, de l’électro-ménager… en supprimant les avantages-coûts dont bénéficient les pays à bas salaire par un système de taxation adéquat.

La commande publique est essentielle pour garantir des débouchés. Par exemple, la commande d’uniformes peut appuyer la reconstruction d’une industrie textile nationale. N’oublions pas que Saint-Gobain, le leader mondial des verres qui emploie plus de 180 000 personnes dans le monde est une entreprise née de la commande publique et de la volonté de Colbert de ne pas acheter les miroirs de la galerie des glaces à des industriels vénitiens.

Ces mesures sont tout à fait applicables dans le cadre d’une économie capitaliste raisonnable. Elles ne doivent pas cependant se prendre de manière agressive ni conduire à une forme d’autarcie en niant l’utilité du marché ou des échanges internationaux.

Dans le cadre d’une politique protectionniste telle que je la conçois on doit maintenir des liens commerciaux avec tous les pays, y compris la Chine, et les accompagner dans le progrès social et écologique en réduisant les taxes au fur et à mesure que des progrès sociaux s’accomplissent. Il ne s’agit pas non plus d’interdire tout investissement étranger ou de payer hors de prix une production nationale inefficace. Ne remplaçons pas le dogme du libre-échange par le dogme de l’interventionnisme. Le protectionnisme n’est qu’un outil, pas une religion.

[1] Coralie Delaume et David Cayla, La Fin de l’Union européenne, Michalon, Paris 2017. A paraître le 5 janvier.