L’inégalité en Amérique.

L’idée de cet article est venue d’une conférence à l’ESC de Dijon, sur les élections américaines. Qui connaît vraiment à fond le système électoral américain, les caucus, les primaires ? L’homme que l’on dit le plus puissant du monde, le président américain, l’est-il à ce point ? Et enfin, notre pays qui compte aujourd’hui officiellement 6,613 millions de demandeurs d’emploi est-il réellement concerné et impacté  par les élections du 8 Novembre ?

C’est un Prix Nobel d’Economie, Joseph Stiglitz, bien connu pour ses travaux sur la mesure du P.I.B., sur la cupidité des responsables économiques américains, qui nous a fourni l’ossature, dans son ouvrage écrit en 2011 : « Le Prix de l’inégalité ». Son message est clair : le système économique actuel ne fonctionne plus pour la grande majorité de la population, les inégalités s’accroissent de façon exponentielle, et qui plus est, ce mouvement tend à devenir irréversible.

Au passage, les fondateurs de la théorie économique classique (Adam Smith en tête) en prennent un peu pour leur grade : les marchés ne sont pas « naturellement » purs et parfaits, les acteurs ne sont pas « que  » rationnels, et surtout, plus ils s’enrichissent, plus ils deviennent puissants, plus ils aspirent à sécuriser leurs revenus. Il nomme ce phénomène la « recherche de rente » : un exemple fameux est celui de Microsoft, qui depuis l’invention géniale du Basic, n’a eu de cesse que d’engranger des revenus récurrents…

Joseph Stiglitz explique pourquoi le système économique actuel ne fonctionne plus pour la grande majorité de la population américaine : les 99 %, par opposition aux 1 % de privilégiés qui accumulent une richesse, une influence et des moyens de pression toujours croissants, au point de vider la démocratie de sa substance, et même de prendre le risque de la fraude et de l’égalité, assurés qu’ils sont de l’impunité de leur caste, souvent en raison de « l’achat » des politiques par les lobbys, mais aussi par les budgets devenus démesurés des campagnes électorales.

Au pays du rêve américain, des terres vierges à conquérir et de l’égalité des chances, le mythe a mal vieilli : l’inégalité est devenue massive (voir graphique)

Article de l’Express

Elle est désormais à la fois la cause et la conséquence de la faillite du système politique. Elle alimente une inégalité et une inefficacité qui l’aggravent à leur tour. Un véritable cercle vicieux s’instaure, qui plonge les citoyens dans l’abîme et met à mal leur confiance dans la démocratie. Cette situation résulte d’une politique qui a modelé le marché afin qu’il avantage les  plus riches ; cependant l’auteur démontre qu’elle n’est pas irréversible.

 Pour cela, il expose un programme exhaustif qui ouvre une nouvelle voie, celle d’une économie plus dynamique et d’une société, celle d’une économie plus équitable et égalitaire. Un ouvrage clair et progressif, qui prend le temps du recul et de la synthèse à chaque étape.

10 chapitres :

1°) L’Amérique a un problème de 1%.

2°) Recherche de rente et fabrication de l’inégalité sociale.

3°) Les marchés et l’inégalité.

4°) Pourquoi c’est important.

5°) Une démocratie en danger.

6°) Nous sommes en 1984.

7°) Justice pour tous : l’inégalité érode le droit.

8°) La bataille du budget.

9°) Une politique macroéconomique et une Banque centrale par et pour le 1%.

10°) Un autre monde est possible.

Pour conclure : le livre se termine sur une double vision des USA dans 50 ans, celle où les inégalités se sont encore développées : au sommet 0,5 % détenant 50 % des richesses, une classe moyenne laminée par la mondialisation, et le coût exponentiel d’acquisition des connaissances pour accéder aux postes à responsabilité. A l’opposé, une base de salariés précarisée, laminée par l’industrialisation et la robotisation, vivant dans des ghettos, d’aides sociales de plus en plus réduites. Car bien entendu, le 1 % des plus riches s’enrichit des économies faites par l’Etat sur les dépenses publiques de recherche, d’assistance et d’éducation. A l’inverse, ce 1 % bénéficie des dépenses faramineuses du Budget de la défense, qui tombe directement dans son escarcelle.

L’autre vision est celle du néo-keynésianisme : en recherchant le bien-être et la sécurité du plus grand nombre, on crée de  la confiance, de la consommation, de la culture. Par ce biais, on génère des emplois (dans la recherche, l’éducation, les entreprises publiques, l’innovation et l’exportation). L’un des paradoxes du système est le suivant : plus les riches accumulent de richesses, plus ils thésaurisent, donc moins l’économie en profite ! Tandis qu’un salarié précaire cherche d’abord à satisfaire ses besoins primaires de Maslow : se nourrir, se loger, se chauffer ! Autrement dit, plus les inégalités s’accroissent, plus l’économie ralentit.

Pour être complet, deux articles coup sur coup sont venus « apporter de l’eau » au moulin de Joseph Stiglitz :

  • le premier, publié par Feeding America et « Urban Institute » évoque les 6,8 millions d’américains en situation de précarité alimentaire et les conséquences sur leurs conditions de vie, la délinquance, les moeurs… et le manque  d’avenir.
  • le second paru dans l’Express de cette semaine, qui démonte la théorie dite de « ruissellement » : l’argent qui va aux riches, ne profite pas aux pauvres, contrairement à ce qu’aiment faire croire les riches. Pour cela, ils paient des bataillons d’avocats, de lobbyistes, pour défendre leurs rentes et obtenir de nouvelles réductions d’impôts. Au prix où s’achètent les campagnes électorales américaines, la « démocratie en Amérique » s’apparente de plus en plus à un suffrage censitaire !

Etats-Unis: Pauvreté: de plus en plus d’adolescents se prostituent pour se nourrir

 Selon la dernière étude qui vient d’être publiée cette semaine par Feeding America (un réseau de 200 banques alimentaires) et le Think Tank « Urban Institute », il y a des millions d’adolescents en Amérique qui au sein des ménages américains vivent dans « l’insécurité alimentaire », et les chercheurs ont été stupéfaits d’apprendre ce que certains de ces adolescents sont prêts à faire pour se nourrir. Certains recourent au vol à l’étalage, d’autres vendent des drogues, et il y avait un nombre étonnamment élevé de participants à cette étude qui ont effectivement admis se prostituer pour se nourrir. Nous ne serions pas étonnés d’apprendre que ce genre de pratiques se déroulent dans un pays qui s’effondre économiquement comme au Venezuela, mais ça se passe aux Etats-Unis d’Amérique, la première puissance économique mondiale. L’Amérique est censée être la nation la plus riche de la planète. Malheureusement, la pauvreté en Amérique ne fait qu’augmenter. Oui, le marché boursier a connu une forte période haussière au cours de ces 2 dernières années, mais pour ceux qui vivent au bas de l’échelle économique, les conditions ont continué à se détériorer et la conséquence aujourd’hui, ce sont des millions d’adolescents qui souffrent profondément. Commençons avec les chiffres de cette dernière étude.

Ce qui suit provient directement du site Web « Urban Institute »

Les laissés-pour-compte de l’économie Américaine…Et ils sont des millions !

On estime que 6,8 millions de jeunes américains âgés de 10 à 17 ans sont en insécurité alimentaire, ce qui signifie qu’ils ne disposent pas d’un accès continu à une quantité suffisante d’aliments nutritifs à un prix abordable. 2,9 millions sont aux prises avec une sécurité alimentaire très fragile, et environ 4 millions vivent dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire, où il y a une réelle menace de manquer de nourriture.

Cette insécurité alimentaire a des répercussions considérables sur la vie des adolescents américains. Une mauvaise alimentation, un stress provoqué par la faim et la pauvreté peuvent compromettre leur développement, leur santé physique et mentale ainsi que leur réussite scolaire. Mais en dépit de tous ces problèmes liés à l’insécurité alimentaire, nous savons très peu de choses quant à la manière dont ces jeunes adolescents font face à la faim.

Contrairement à ce que prétend la « théorie du ruissellement », l’enrichissement des plus fortunés ne favorise pas la croissance. Au contraire.

Les économistes appelaient cela la « théorie du ruissellement ». Une théorie très en vogue à partir des années 80, et qui paraissait frappée au coin du bon sens. Ses promoteurs – en premier lieu Ronald Reagan et Margaret Thatcher – considéraient que les classes supérieures contribuaient plus à la croissance que les autres, car elles étaient davantage en mesure d’investir leur argent, et ainsi de créer des emplois et des revenus pour le reste de la population.

Il fallait donc leur permettre de s’enrichir toujours plus, pour le plus grand bien de tous. C’est notamment en s’appuyant sur ce raisonnement que les politiques de réduction d’impôts pour les plus fortunés et d’ouverture des frontières ont pu prospérer un peu partout.

Pourtant, presque quatre décennies plus tard, un doute semble émerger. Et si les experts à l’origine de ces politiques s’étaient trompés? Et si les bénéfices de la mondialisation et des baisses d’impôts pour les plus riches n’avaient pas « ruisselé »? C’est le message qui semble, au moins en partie, avoir été envoyé par les urnes ces derniers mois. De nombreux analystes s’accordent en effet à voir dans le vote en faveur du Brexit des classes populaires britanniques, ou dans la montée des votes populistes en France ou en Italie, un rejet des politiques menées ces dernières années.

Inégalités béantes aux États-Unis

Il y a un peu plus d’un an, les chercheurs du Fonds monétaire international (FMI) avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Dans une étude très fouillée, ils montraient que les inégalités dans les pays développés n’avaient jamais été aussi élevées depuis la Seconde Guerre mondiale. Et, surtout, que la hausse de la part des revenus des 20% les plus riches était allée de pair avec un « ralentissement de la croissance à moyen terme ». Au contraire, toujours selon le FMI, un accroissement des revenus destinés aux 20% les plus pauvres se serait accompagné d’une accélération de l’activité dans les cinq années suivantes.

Il faudrait, au contraire, aider les plus modestes

C’est donc plutôt la réduction des inégalités qui serait bonne pour la croissance. Sans promouvoir de recette miracle, les économistes du FMI suggèrent une batterie de réformes pour améliorer le sort des plus modestes. Avec, entre autres, un accès élargi à une éducation de bon niveau, des politiques de l’emploi adaptées, et surtout une fiscalité plus progressive et redistributive.

Modestement, à notre échelle collaborative, retenons une idée simple : il existe en France une loi sur le financement des campagnes électorales, la justice doit passer, les fraudeurs être sanctionnés. Et tant pis si « ce ne sont que quelques millions d’euros » comme on l’entend parfois.

Le travail d’ATD Quart-Monde, sanctionné par la Loi Grandguillaume (adoptée à l’unanimité par le Parlement) a créé des entreprises à vocation d’emploi. Nous pouvons et nous devons aider la mise en oeuvre de cette loi. Car « il n’est de richesses que d’hommes » comme l’affirmait Antoine de Saint- Exupéry. Et à cela, nous croyons.

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