Homo sapiens googleiens.

Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’aura été aussi facilement accessible. Le nouveau paradigme de l’information impacte l’économie, la politique et la culture, mais provoque surtout une mutation de notre intelligence cognitive et émotionnelle.

L’omniprésence des moteurs de recherche nous a conduits au paradigme de l’information. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’aura été aussi facilement accessible. Ces moteurs évoluent pour devenir de plus en plus intelligents. En parallèle, on assiste également à une mutation de notre intelligence. Le contact avec ces algorithmes de recherches a stimulé l’évolution et le développement de notre intelligence, de nos habiletés à communiquer et à nous organiser efficacement.

Intelligence numérique

Le nouveau paradigme de l’information impacte l’économie, la politique et la culture, mais provoque surtout une mutation de notre intelligence cognitive et émotionnelle. L’interaction continuelle avec ces interfaces intelligentes pourrait même conduire à l’apparition d’une nouvelle espèce : « homo sapiens googleiens ».

J’ai récemment été interpelé par un billet de Radio-Canada, mentionnant comment les interfaces de recherche à algorithmes intelligents pouvaient assimiler nos préjugés et nos stéréotypes de façon à « mieux » comprendre ce que nous cherchons. Ces algorithmes interprètent le « Big Data » pour tout savoir et tout interpréter des internautes. Une intelligence numérique extrêmement puissante interprète des quantités astronomiques d’informations pour mieux nous connaitre.

En psychologie, on utilise même les intelligences artificielles pour mieux soigner certains patients. ( Lire cet article de réf)

À Montréal, l’Institut des Algorithmes d’Apprentissage (MILA)  est particulièrement reconnue pour ses travaux sur des algorithmes d’apprentissage approfondis nommés « deep learning ». Ces modèles de calcul composés de couches de traitement multiples permettent la représentation de données sur plusieurs niveaux d’abstraction.

Ce type d’algorithme rend possible l’interprétation du « Big Data » pour le rendre intelligent et connaitre absolument tout de nos habitudes de consommation, de communication, de nos goûts, de nos habitudes. Comme un bon psychologue, il connait  tout de nos choix, mais également tout des mécanismes qui déterminent ces choix.

On sait que cette intelligence numérique très puissante interprète toute les données brutes recueillies depuis des années sur nos habitudes, sur notre profil, à partir de nos recherches sur Google, à partir des informations qui guident nos requêtes, à partir de ce qui retient notre attention sur le Web (site visités).

Cette intelligence interprète le poids que l’on donne aux informations numériques. A partir de ces données massives sur nos choix et ce qui les provoque, elle peut évaluer notre quotient intellectuel et notre quotient affectif.

Elle peut évaluer le développement de nos aptitudes sociales, ou politique, le développement de notre pensée critique et déterminer avec précision, au cas par cas, ce qui détermine ce développement.

Avec les données longitudinales, elle peut même déterminer la vitesse d’évolution de notre intelligence, notre courbe d’apprentissage, nos sources de motivation, nos sources d’inspirations.

Cette intelligence, j’en suis certain, sait déjà tout de ceux qui interagissent avec ces organes sensitifs, moteur de recherche, courriel, cellulaire, agenda numérique, réseaux sociaux. Et pour ceux qui ne sont pas sur ces réseaux sociaux, qui ne font jamais de recherche sur Google, elle sait déjà qu’ils sont paranoïaques !

Restons optimistes

Au point de vue pratique du consommateur, si ces interfaces ont la capacité d’apprendre à mimer nos préjugés, ils ont logiquement la capacité d’apprendre à ne pas le faire et même de nous apprendre à ne pas le faire.

Je crois (avec une réserve de paranoïa raisonnable) que les corporations utilisant ces interfaces voudront préserver une image d’excellence et éduqueront leur interface par des filtres et des valeurs à leur image.

On peut facilement imaginer que d’ici peu, des réseaux sociaux puissent  imposer des filtres intelligents aux usagers pour émuler des valeurs positives. Ce processus devra être transparence, une des premières valeurs à propager…

Il y a trente ans les « trois lois de la robotique » appartenaient au registre de la science-fiction, mais plus maintenant. En fait les érudits Azimoviens compteront surtout sur la loi Zéro : « Un robot ne peut pas porter atteinte à l’humanité, ni, par son inaction, permettre que l’humanité soit exposée au danger».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_lois_de_la_robotique

Par exemple, Elon Musk, l’entrepreneur du tourisme spatial, envisage une symbiose télépathique de l’humain avec l’intelligence artificielle. Cette symbiose qui se veut « consensuelle » impliquera nécessairement des valeurs humanistes.

Nous constatons déjà comment l’expansion exponentielle de l’information a transformé notre façon de communiquer, de penser, de ressentir. Le contact fréquent et significatif avec une interface intelligente façonnera notre propre intelligence en stimulant le développement de nos fonctions cognitives et émotives.

Et ce ne sera pas seulement la pression adaptative qui nous poussera à mieux interpréter et comprendre ce flux croissant d’informations.  La conception des interfaces évoluera pour les rendre plus compréhensive, voir plus empathique. Les travaux de Serge Tisseron.

Évoquent bien comment cette empathie artificielle pourra certainement aider les humains à mieux vivre leur « psychologie » à mieux réguler leurs émotions.

En fait, le simple fait d’avoir accès virtuellement illimité à une interface qui organise les informations, les mémoires, les représentations, constitue un avantage évolutif extrême. Par un effet de rétroaction dynamique, cet accès nous stimulera à organiser des stratégies de gestion pour mieux exploiter cette ressources.

Des exemples,

Imaginons un étudiant, qui au contact de cette interface, sera renforcé à développer des stratégies efficaces pour comparer des théories, lire des articles scientifiques, ou un écrivain qui pourra comparer son style d’écriture, des expressions, des dialogues, avec des milliers d’autres bouts de textes, tous classés par pertinence, ou selon d’autres critères de l’interface.

Ces exemples démontrent bien comment l’exposition à ces interfaces constitue une stimulation cérébrale inédite.

Les psychologues connaissent l’importance de cette stimulation pour renforcer la mémoire, l’attention et le raisonnement. On entend même parler de « Google Therapy », qui consiste essentiellement à utiliser le moteur de recherche pour se documenter sur une problématique de santé, consulter des archives de forum et trouver des ressources thérapeutiques spécialisées.

Cette exposition formate notre « matrice » psychologique qui s’en trouve métamorphosée. Plus nous consommons d’information, plus nous développons notre compétence, notre efficacité, notre motivation et notre intérêt à consommer cette information.

Rankbrain : une prothèse cognitique.

En partant de la prémisse qu’il est avantageux pour une personne d’investir du temps dans l’acquisition de connaissances, de stratégies de comparaisons et d’analyse de ses besoins, on peut être assuré que le temps sera investi.

En conséquence, l’émulation de cette prothèse cognitique nous conduira vers une plus grande organisation de nos connaissances.

L’algorithme du futur nous accompagnera dans notre « définition du problème » (problem finding), il nous proposera différents cheminements, plusieurs options, en fonction de la façon dont nous proposerons notre besoin. Pour reprendre la métaphore du « data mining », une interface dopée à l’intelligence artificielle ne proposera plus de creuser le tunnel pour nous, mais nous apprendra à mieux creuser.

Évolution de l’interface de recherche : Parlons marché.

Si ces interfaces restent dans le domaine de la consommation, c’est-à-dire dans le cadre d’un marché ouvert, on peut être assuré que les consommateurs opteront pour des produits aux valeurs humanistes.

Évidemment, c’est un sujet à débattre. Mais pour de raison évidente d’image de marque (branding) l’offre d’interfaces à valeurs humanistes sera prépondérante (on pourra toujours s’inquiéter des applications militaires et de surveillance qui ne respecteraient pas la loi Zéro). Pour mémoire, voici les 3 composantes de la loi d’Isaac Asimov posées dans l’ouvrage « Le cercle vicieux », paru en 1942.

  1. un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
  2. un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  3. un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

En partant du principe que l’information brute soit un bruit inutile. L’exposition à la connaissance implique le développement de notre capacité à la gérer.

Plus l’information abonde, plus nous cherchons à la trier, à la filtrer, la catégoriser et à la raffiner pour en extraire un sens et l’interpréter. Il faut l’interpréter pour l’intégrer dans un schème utilitaire, dans un projet de carrière, dans une nouvelle recette, un site de vacance. Tous les étages de la pyramide de Maslow seront revisités.

Comme l’expansion historique de la demande pour ce produit sera constante, il est normal de s’attendre à une évolution en fonction de cette énorme pression. On peut facilement prévoir qu’elle arrivera bientôt, avec l’aide de quelques « biscuits », à « lire dans nos pensées », en interprétant avec de plus en plus de précision, notre demande d’information à partir de quelques mots clés, ou un bout de phrase, ou une question, une adresse, un nom de fichier.

Si vous l’autorisez, cet algorithme s’adaptera

  • ·         à votre culture,
  • ·         à votre vocabulaire,
  • ·         à vos recherches antérieures,
  • ·         à votre identité,
  • ·         à vos goûts, votre âge, votre genre,
  • ·         à votre profession,
  • ·         à votre localisation,

Pour interpréter, mais aussi analyser votre requête. Un vrai cauchemar pour les spécialistes du référencement Web puisque aucun positionnement dans les résultats de recherche ne saurait être acquis de façon absolue.

Votre demande d’information, se transformera elle-même en information, parce que l’interface intelligente aura la capacité d’interpréter.

Cette interface aurait même la capacité d’apprendre de ses erreurs, pour s’améliorer et se perfectionner. Mais ce n’est que de la science-fiction, n’est-ce pas? Il reconnait notre sémantique et le « machine learning » lui permet de raffiner son interprétation.

Un article collaboratif de R.Côté, psychologue à Montréal et Kristof Maret  expert SEO : Chronique de 

Références

  • Dudek, Stéphanie Z.; Côté, Rémi. Problem finding revisited. In Runco, Mark A. (Ed). (1994). Problem finding, problem solving, and creativity, (pp. 130-150). Westport, CT, US: Ablex Publishing, xiv, 303 pp.
  • LeCun, Y. Bengio, Y. and Hinton, G., Deep Learning, Nature, 521(7553), pp.436-444, 2015.

Mille bravos, mille mercis !

C’est fait : pour la première fois, notre site WordPress affiche plus de 1000 visites uniques, score atteint pour la seule année 2017, et donc en nette progression. Allez, c’est un premier pas, mais on ne va pas « se la  raconter » : bien des points d’amélioration restent à travailler.

Le premier d’entre eux reste le nombre d’abonnés : que l’on soit ou non abonné au « Lecteur » WordPress, il est possible de recevoir les articles sous forme de push-mail, dans la boîte mail de son choix. Il faut vraiment le faire ! C’est notre première assurance que les adhérents de BCN reçoivent nos informations, nos annonces.

Le second sera abordé lors de notre réunion du 17 Août : comment améliorer le contenu et la diffusion, grâce aux fonctionnalités de l’outil ? Ce premier exercice sur le « Plan gratuit » nous donne des perspectives, comme dans d’autres domaines, l’avenir passe par un PDCA (Plan – Do – Check – Act), notre Plan d’Action Qualité à nous !

Attention aux coups de soleil !

L’Ours.

Comment être plus efficace grâce à la Loi de Pareto.

Aperçu aujourd’hui dans la Newsletter « Cadreo », avec une forte connotation « management », cet article fort utile et pratique sur l’un des blogbusters mondiaux !… C’est étonnant que cet économiste italien n’ait pas encore eu les honneurs de Hollywood.

Ce n’est que dans les années 50 que l’ingénieur Joseph Juran, utilise le principe de Pareto un comme « outil d’analyse universel ». Selon lui, il est possible de séparer n’importe quoi entre  l’essentiel et l’accessoire. « Le principe de Pareto est une méthode générale permettant de séparer un quelconque agrégat en deux parties : les problèmes vitaux et les problèmes plus secondaires — dans tous les cas, l’application du principe de Pareto permet d’identifier les propriétés des problèmes stratégiques et de les séparer ». Concrètement, on peut dire que :

  • 80 % des résultats obtenus (négatifs comme positifs) proviennent de 20 % de notre travail.
  • 80 % du chiffre d’affaires provient de 20 % des produits ou services proposés.
  • 20 % des clients représentent 80 % du Chiffre d’Affaires.
  • 80 % du temps de travail correspond à 20 % de travailleur mission de dirigeant.
  • 20 % du personnel est touché par 80 % des accidents du travail.
  • 20 % des habits sont utilisés 80 % du temps…

Déléguer les tâches accessoires

Pour les cadres, la loi de Pareto correspond à la part consacré au management, soit 20 % de leur temps. Mais ce qu’il faut retenir de la loi de Pareto, c’est essentiellement le principe de la distribution pour apprendre à mieux trier les tâches et à les accomplir selon leur degré d’importance ou d’urgence. Chacun a déjà pu éprouver le sentiment de perdre du temps à réaliser des tâches quotidiennement.

Assez simplement, le principe de Pareto consiste alors à se concentrer sur les 20 % des tâches qui sont les plus efficaces dans son travail. Dans une journée type de travail, cette loi veut qu’il faudrait commencer ses journées par les missions qui sont les plus positives et à repousser en fin de journée les moins efficaces.

Pour aller encore plus loin, les cadres pourront aller jusqu’à réaliser un diagramme de Pareto, un graphique permettant de visualiser les missions les plus chronophages des autres. Selon leur importance, les managers pourront revoir leur emploi du temps, déléguer certaines missions à leurs collaborateurs ou même à externaliser certaines actions. A titre individuel, posez-vous cette question : si vous ne deviez travailler que 2 heures par jour, quelle tâche serait véritablement essentielle ?

> 9 astuces pour ne plus être débordé au travail

Et si on changeait ses habitudes ?

Pour de nombreux salariés, la vie en entreprise commence bien souvent par la lecture et la réponse aux mails. La matinée va se poursuivre ensuite par une première pause café, une réunion d’équipe, des appels à des clients puis la reprise d’un dossier de fond. On peut sans trop se tromper estimer qu’une telle matinée aurait pu être plus efficace en en inversant l’ordre ou en modifiant le temps passé pour chaque activité. La réunion serait probablement écourtée, le temps pris à répondre aux mails repoussé après midi, avant la pause-déjeuner – quand on commence à être moins efficace – et le temps passé à travailler les dossiers de fond pris dès le matin.

> Comment changer ses (mauvaises) habitudes et celles de ses collaborateurs grâce aux neurosciences ?

Evidemment, tout le monde ne travaille pas de la même manière. Quant à la loi de Pareto, si on peut douter que la « règle des 80/20 » soit toujours pertinente, elle est plutôt bien vu. D’ailleurs ce sont les cadres qui le disent, selon eux : seulement 25 % des réunions seraient vraiment efficaces.

> La règle des deux pizzas et autres secrets pour des réunions productives

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Prochaine étape : le pitch en 6 minutes 40 chrono, soit 20 slides de 20 secondes…

L’Ours.

 

Editorial : sommes-nous faits pour les vacances ?

Il y a un an Gaspard Koenig consacrait un Time To Philo aux vacances. En 2017, la question continue à se poser. Eléments de réponse.

Dans son célèbre essai « Le Droit à la Paresse » (1880), Paul Lafargue, le gendre de Marx, dénonce « l’étrange folie » qu’est l’amour de la classe ouvrière pour le travail qu’il décrit comme « la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique ». Le stade supérieur de l’humanité selon Lafargue ? L’abolition du travail (ou du moins sa limitation à 3 heures par jour maximum) et pour le reste des réjouissances qui « feront aller les flacons, trotter les jambons et voler les gobelets ». Un bon programme de vacances en effet !

Le problème ? Il est identifié par Pascal dans sa pensée 136 et il est redoutable : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre (…) le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il faut en sortir et mendier le tumulte ». Vivement la rentrée !

Conclusion BCN : l’herbe est toujours plus verte, la plage plus blonde à celui qui l’envie sans pouvoir y accéder… Eh bien, le travail, c’est pareil ! Il écarte de nous 3 grands maux selon Voltaire : l’ennui, (ça c’est fait), le vice, et le besoin.  Depuis Maslow, il convient d’en ajouter un 4e : la reconnaissance sociale, l’affirmation de soi. A méditer.

L’ours.

 

 

Economie du bien commun

Par Jean Tirole, au Presses Universitaires de France.

 

On ne présente plus Jean Tirole, Prix Nobel d’économie 2014, et désormais aussi populaire qu’un autre économiste français, Thomas Piketty. Dans un ouvrage qui se veut « grand public », paru en Mai 2016, Jean Tirole nous fait partager sa passion pour une discipline qui croise la théorie et les faits au service du bien commun.

En pénétrant dans l’atelier du chercheur, on découvre un panorama des sujets qui préoccupent l’économiste : trois grandes  parties, la science économique, l’institution étatique et les enjeux industriels accueillent 17 chapitres qui s’adressent à chacun de nous dans notre quotidien, et évoquent ce qui résultera de nos choix passés et présents, pour la vie des générations futures.

Première partie : L’économie.

  • Aimez-vous l’économie ? Il existe 3 modes pour parler d’économie : le mode scientifique, le mode journalistique et le mode aéronautique. Réservé à une communauté d’experts, le premier utilise des concepts et des objets mathématiques. Il peut de ce fait s’avérer rebutant, voire abscons ; le second agrémente les magazines et s’alimente des piquets de grève, déménagements sauvages en cours, ou des dernières statistiques. Enfin, le dernier fournit les best-sellers des gares et des aéroports, parfois l’œuvre de charlatans ou de lobbys. Pas réjouissant. Mais que chacun s’accroche, et l’économie redeviendra notre bien commun. Jean Tirole nous dit : « Prenons-nous en main » !
  • Les limites morales du marché. Il est question ici d’éthique concrète dans l’économie : est-il moral de vendre son sang, ses organes ? Sommes-nous si friands de générosité, quand nous donnons, ou de l’image de généreux donateurs que nous proposons de nous-mêmes ? Que penser de la possibilité pour une compagnie d’assurance  de sélectionner les patients en fonction du risque? Pourquoi sommes-nous plus négligents avec des biens assurés ? Une analyse percutante d’un concept innovant : l’aléa moral.
  • L’économiste dans la cité. Intellectuel public, il est aussi chercheur, observateur empirique des évolutions : ses positions, aussi mesurées et équilibrées soient-elles, déchaînent les passions, et surtout en démocratie, brouillent le jeu en dénonçant des conflits d’intérêts, les politiques suspectes ou obsolètes, sous couvert de débat.
  • La recherche au quotidien. L’économie s’enrichit des apports des autres sciences, en particulier sociales : c’est ainsi que l’on découvre au fil des pages les apports de la théorie des jeux, les biais de l’asymétrie d’information, en particulier lorsqu’il est question de finance, de délit d’initié. En revanche, sur des sujets nouveaux ou complexes, comment poser la théorie « fondatrice », celle qui capturera le nœud du problème, au prix de quelques simplifications réductrices ? Tout le monde a entendu parler de la « main invisible » d’Adam Smith, concept qui pourtant a connu beaucoup d’améliorations depuis.
  • L’économie en mouvement. Cinq approches complémentaires sont apparues pour retoucher la théorie sur les comportements dits « rationnels » des agents dans le vocabulaire traditionnel de l’économie politique : homo psychologicus, socialis, incitatus, juridicus, darwinus. Nous sommes empathiques, réagissons plus aux fermetures des hauts-fourneaux de Florange ou Hagondange, qu’aux millions de chômeurs anonymes… qui probablement galèrent dans des conditions encore plus difficiles. L’impact de la confiance est illustré et décortiqué via le prisme de la théorie des jeux, et notre comportement devient alors prédictible dans un contexte où les règles ont été préalablement énoncées (ce qui est généralement le cas dans une démocratie : législation, interdiction, fiscalité).

Enfin, le système d’incitations, de bonus, de récompenses induit des comportements parfois contre-productifs, qu’il faut constamment analyser et surveiller, pour au besoin les arrêter ou les modifier. Enfin, Darwin a alimenté l’économie à partir d’exemples d’espèces animales : le paon, qui séduit sa dulcinée au prix de lourdes plumes nacrées qui l’encombrent, et ne lui servent à rien en-dehors des parades. Cet outillage en apparence contre-productif émaille de nombreux exemples de survie d’espèces, et inspire des attitudes destinées à impressionner ou dissuader concurrents et rivaux, dans les enchères par exemple, une sorte de poker-menteur.

Deuxième partie : les institutions et l’économie

  • Pour un état moderne. Corriger les imperfections du marché, introduire les conditions d’une complémentarité entre l’état et les acteurs de l’économie. Et si l’on peut laisser le marché produire de l’efficacité (productivité, émulation, concurrence), il ne lui revient pas de produire de l’équité, presque une fonction régalienne. Enfin, réfléchir au rôle d’un état moderne, passe par une ambition à long terme de désendettement, afin de dégager des marges de manœuvre qui lui donneront les moyens de sa politique d’incitation.
  • L’entreprise, sa gouvernance et la « RSE ». Comment gérer la direction, le financement, l’actionnariat et notamment l’excès de court-termisme, souvent reproché aux structures ambitieuses ? Quelles incitations à de nouvelles formes sociales : SCOOP, ESS ? Déployer des fiscalités vertes, soucieuses d’environnement durable, autant de facteurs de complexification  de l’économie politique.
  • Le défi climatique. Un regard acéré d’économiste sur les échecs des accords sur le climat, Kyoto, Lima, Copenhague, ainsi que les limites de la COP 21 : ces accords reposent sur « l’externalisation des internalités », dit autrement : je ne bénéficie pas directement de mes efforts pour être propre, ce sont mes voisins qui en bénéficient. Seule la volonté de donner l’exemple anime la Suède, déjà très en avance : l’UE est traversée par les débats sur les énergies fossiles, le nucléaire, le charbon. Les pays émergents reprochent aux pays avancés de ne pas supporter les coûts de la pollution qu’ils ont exportée dans les « ateliers » à faible coût de main d’œuvre. Exemple illustré par le retrait des U.S.A. pour des questions d’exportations d’énergie fossile, de gaz de schiste notamment. Nous pouvons en revanche accompagner l’application de l’accord de Paris, en développant les incitations adéquates aux innovations technologiques de conservation du carbone, d’amélioration du rendement des énergies renouvelables, et enfin être à l’affût du nécessaire saut technologique qui permettra de rester sous les 2° de réchauffement.
  • Vaincre le chômage. Commençons par quelques chiffres, affolants :  3,574 millions de chômeurs de Catégorie A, demandeurs d’emploi, sans emploi.                       Catégorie B : tenus de chercher un emploi, ayant travaillé moins de 78 heures. 716.400.                                                                                                                                              Catégorie C : tenus de chercher un emploi, ayant travaillé plus de 78 heures : 1,151 millions. Et enfin, les catégories D et E (formation et demandeurs non tenus de chercher un emploi), 700.000 personnes supplémentaires. Total : 6.142.000 personnes ont en France un « problème apparent » d’emploi.                                 Alors que l’on s’était résigné à parler de « 10% de la population active », on frôle les 10 % de la population totale. Quelques constats : pour les raisons d’empathie évoquées plus haut, nous sur-régulons la protection contre les licenciements (4,4 % seulement des fins de contrat). L’erreur que commettent beaucoup d’acteurs est de penser que de soutenir le contrat CDI est de « bonne politique » : dans un marché mobile, ou l’innovation et la formation s’étendent, il sera beaucoup plus difficile de retrouver un CDI de même aloi que celui d’aujourd’hui, si par malheur on le perd. Recréer rapidement le plein-emploi, y compris dans des conditions moins avantageuses, ressemble à du « dumping social », mais c’est la meilleure offre pour tous. En revanche, il faut protéger le salarié (l’homme, dans sa dignité et ses conditions de vie) et pas l’emploi, qui n’est que la traduction par l’employeur des besoins qu’il anticipe via son carnet de commandes. Une manière de dénoncer le climat délétère qui s’est installé dans les relations employeurs- salariés : la  France 129e classée sur 139 en matière de perception des relations au travail ! Parmi les nombreux points à traiter pour améliorer la situation :                                                     – 1°) médiocrité de la formation professionnelle gérée par les partenaires sociaux, qui ne vise pas les bonnes catégories de salariés, distribue peu de formations diplômantes ou certifiantes, et absorbe tout de même 1,6 % du PIB, soit 32 milliards d’euros. Qualifiée d’usine à gaz, induisant des gaspillages dans la collecte et le financement, la formation professionnelle voit son rendement mis en cause.                                                                                                                                              – 2°) L’apprentissage : en 2013, 5,2 % des 15 – 24 ans étaient en apprentissage en France, contre 16 % en Allemagne.                                                                                          – 3°) La gestion de l’assurance chômage et du service public de l’emploi, (le recrutement via Le Bon Coin sidère notre Prix Nobel) et notamment une indemnisation beaucoup plus généreuse pour les hauts salaires que celle qui se pratique chez nos voisins.                                                                                                         – 4°) un calcul biaisé : la réduction et le partage de la durée du travail, fondés sur l’a priori que le nombre d’emplois est fixe. La meilleure preuve du contraire en est apportée par les pays qui ont choisi d’accepter des migrants en quantité significative.                                                                                                                             -5°) Un code du travail de 3200 pages, défiant même pour des  spécialistes du droit et des RH le principe de : « nul n’est censé ignorer la Loi ». Au–delà de  cette question de taille, il est devenu impossible de mesurer les effets (pervers) de telle ou telle mesure, son efficacité et son coût, puisque l’on ne parvient même pas à discerner l’ensemble des atténuations, exceptions et dispenses qui s’y appliquent.

Pour conclure, 4 axes : réduire l’endettement pour retrouver de la compétitivité et des marges de manœuvre, les migrants et le réchauffement climatique : lutter contre la pénurie d’emplois est une clé, et qui plus est si nous échouons contre le réchauffement, car les migrants climatiques de demain viendront s’ajouter aux réfugiés politiques, demandeurs d’asile ou simples migrants économiques d’aujourd’hui. Enfin, une réflexion sur les impacts du digital devient indispensable, car au droit du salarié d’aujourd’hui, viendront se substituer de nouveaux besoins de droit des actifs (micro-entrepreneurs, autoentrepreneurs, etc.)

  • L’Europe à la croisée des chemins. Rappel utile : l’Europe a été – et est encore – pour certains un symbole d’espoir, d’intégration politique et de réduction massive des inégalités entre ses membres. L’euro lui-même a traduit une volonté largement partagée d’intégration des peuples européens. Alors, comment sommes-nous passés de l’espoir au désenchantement ? Des besoins de réconciliation aux dangers du début (accession à la démocratie en Espagne, au Portugal, dans toute la zone-tampon de l’URSS, y compris la réunification de l’Allemagne), les fondateurs ont appris en marchant. N’avons-nous nous-mêmes pas changé au cours de ces 30 ans, alors que nous adressions des colis via La Croix-Rouge aux grévistes de Gdansk et portions des badges de Solidarnösc ?  Que d’exemples de démocraties rétablies pacifiquement grâce à la puissance tutélaire et bienveillante de l’Union ?                     Certes, la crise financière des années 2007 – 2008, les manipulations et truquages de comptes de la Banque Goldman & Sachs, et enfin, l’attitude de la Grèce elle-même n’ont pas rassuré l’Union sur la solidarité de ses membres, ni sur la solidité de sa monnaie. Mais enfin, il semble que cet épisode soit derrière nous, et les failles du Traité de Maastricht apparaissent maintenant clairement : il est contra-cyclique, limitant les dépenses d’intervention des états, au moment où ceux-ci ont le plus besoin de soutenir leur économie. Ce n’est pas son seul défaut, car faute de volonté d’avancer vers plus de fédéralisme, il se révèle très prudent sur les politiques d’harmonisation, qu’elle soit économique ou fiscale. Si nous, européens, souhaitons vivre sous le même toit, il nous faut réhabiliter cet idéal et rester unis autour de lui.
  • A quoi sert la finance ? Les bulles financières, crises économiques à répétition, Plans de redressement tels que le New Deal, le Plan Marshal ont permis d’analyser les différents facteurs d’accumulation, les risques insensés pris par certains secteurs, certaines banques (pensant ainsi se faire renflouer par l’état) ont conduit à une série d’accords internationaux connus sous les noms de Bâle I – Bâle II – Bâle III, actuellement en vigueur. Le lien entre transparence des risques, et obligation de détention des capitaux propres des banques est analysé ici : la doctrine des Banques centrales, le niveau de l’inflation attendue et les politiques de quantitative easing sont examinées ici, sous l’angle de leur origine dans la crise de 2007. Les mesures de sauvetage imposées, ou les conséquences du non-renflouement de Lehman Brothers, sont extrêmement révélatrices.  Elles sont détaillées finement dans le chapître suivant.
  • La crise financière de 2008. Du fait d’un excès de liquidités qui cherchaient à se placer, moyennant de forts rendements, la prospérité des années 2000 a généré une forte attente financière de montages complexes, (la titrisation de placements immobiliers) : pour développer ces placements à hauts rendements, il fallait d’abord attirer des ménages à revenus modestes vers des emprunts immobiliers. La prospérité étant là, il était facile de faire rêver à l’accès à la propriété : les emprunts à taux progressif (subprimes) ont été l’arme fatale. Appâtés par des taux très bas, les ménages se sont trouvés dans l’incapacité de rembourser les échéances quand celles-ci ont augmenté. La politique suivie alors par les banques a été d’expulser de façon massive les ménages insolvables, d’où une forte chute de la valeur des biens immobiliers. Pour être complet, il faut mentionner le rôle des Agences de notation, qui du fait qu’elles tiraient de forts revenus de cette activité, avaient tout intérêt à encourager la confiance dans les placements titrisés. Sommes-nous sûrs aujourd’hui de pouvoir prédire, et même prévenir ce type de crises ? Il faut évidemment rester humble, mais du moins les accords de Bâle ont permis de garantir la détention par les banques de fonds propres suffisants, et apporté la connaissance des mécanismes générateurs de la crise, ainsi que les concepts des renflouements. On sait donc aujourd’hui identifier un terrain favorable, ainsi que des zones d’ombre qui restent à réguler, comme par exemples le shadow-banking, et les accords de gré à gré, invisibles du régulateur, et qui masquent le niveau d’engagement réel.

Troisième partie : l’enjeu industriel

  • Politique de concurrence et politique industrielle. Nous abordons ici les différentes étapes de construction de la doctrine : depuis la théorie des monopoles naturels jusqu’à l’ordonnance de démantèlement d’ATT, (1984) et la séparation entre réseaux d’infrastructure (en France RTE, RFF, France Télécom) et la normalisation de l’ouverture des accès. Comment assurer une véritable concurrence en imposant des normes aux accès : pas question par exemple de créer 2 gares TGV à Paris à Lyon, pour instaurer 2 offres de service ? Et d’ailleurs, comment ferait le 2e opérateur pour proposer des correspondances depuis « sa » » gare ? Le cas de RTE, le transporteur d’électricité est différent : déjà interconnectés, les réseaux européens n’ont eu qu’à décliner cette pratique envers leurs distributeurs. Mais l’électricité ne se stocke pas, et les coûts de production sont très différents selon le type de centrale utilisée. D’où un « pilotage » fin de la ressource, faisant appel à de la prévision de consommation, et une connaissance fine des clients opérateurs. Bref, du marketing de grossiste. Pour bien diriger l’économie d’un pays, il est nécessaire de définir une politique industrielle. Invités à Toulouse, Dani Rodrick et Joe Stiglitz, économistes américains bien connus ont énoncé 7 recommandations : a) identifier la raison du dysfonctionnement des marchés pour mieux y répondre. b) utiliser une expertise indépendante et qualifiée pour sélectionner les projets et les récipiendaires de fonds publics. c)être attentif à l’offre et pas seulement à la demande. d) adopter une politique industrielle qui ne fausse pas la concurrence entre entreprises. e)évaluer ex post les résultats de cette politique, et prévoir dans tous les cas des clauses d’arrêt. f) associer fortement le secteur privé à la prise de risque g) comprendre l’évolution de nos économies.
  • Quand le digital modifie la chaîne de valeur. Nous sommes passés de la rareté de l’offre, liée à la lenteur des transports, à la pléthore de l’offre, puisque le marché est désormais celui de l’attention : (l’espace-cerveau disponible, selon l’heureuse expression de Jean-Marie Messier). Sont ici détaillés les modes de fonctionnement des plateformes bifaces, les fameux GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. Les choix d’ouverture ou de fermeture se sont croisés, Apple et Microsoft opposaient un accès propriétaire à un réseau ouvert. La tendance est plutôt à l’ouverture : Windows et Androïd plutôt que Ios. Autre analyse : la très forte concentration de ces entreprises, due aux rendements d’échelle de l’effet réseau, (je suis sur Facebook parce que des « milliards » de gens y sont, j’ai un GSM avec qui je souhaite virtuellement communiquer avec le monde entier).
  • Economie numérique : les défis sociétaux. L’accès massif à l’information permet de réduire l’aléa moral, car il de plus en plus difficile de dissimuler un comportement « non-citoyen ». Autre nouveauté : l’économie numérique privilégie l’innovation, et de ce point de vue, les USA se sont taillé la part du lion, grâce à une politique de recherche ciblée sur les nouvelles technologies. Il faut maintenant anticiper ce que deviendra le salariat, en fonction bien sûr des capacités accrues des machines à se substituer à l’homme pour les tâches répétitives, mais en plus du « machine learning », la capacité de l’ordinateur à apprendre de ses propres expériences. En 2016, un ordinateur a battu le champion du monde de Go, il avait fallu 60 ans pour parvenir à ce résultat aux échecs. Le numérique est une opportunité pour notre société, mais aussi une source de nouveaux dangers : confiance, propriété des données, diffusion du progrès technologique, solidarité, emploi, fiscalité sont autant de défis pour l’économie du bien commun.
  • Innovation et propriété industrielle. Il question ici de la politique de R&D, publique ou privée, mais aussi des enseignements à tirer de l’Open source, et des raisons du succès du modèle « libre ». Lorsque la navigation était payante sur le Rhin, s’étaient installés près de 40 points de péage ; du coup, le commerce demeurait réduit aux seules personnes allant au terminus. A travers une politique équilibrée de protections et de brevets, il s’agit de trouver un équilibre entre les droits de l’inventeur et le développement de l’économie.
  • La régulation sectorielle. Nous l’avons vu, les grands monopoles ont quasiment tous disparu, au profit d’entreprises du secteur, qui se sont maintenues ou développées grâce à leur savoir-faire. Qu’elles soient du domaine public ou non, ces entreprises doivent être responsabilisées sur leur performance, leur efficacité, leur innovation, et ceci quels que soient leurs marchés, (entreprises ou particuliers), mais aussi leurs contraintes de production. Bien entendu, l’entreprise connaît mieux que quiconque sa structure de coûts : les systèmes de price cap qui ont été développés présentent le risque de réduire la maintenance pour faire des économies, d’où un risque pour les usagers. Il faut donc que régulateur dispose d’une expertise solide, (d’où l’apparition d’organes de régulation indépendants dédiés) mais définisse des modes d’incitation « non intrusifs », qui laisse le choix des solutions à retenir pour respecter un contrat-cadre global Objectifs-Moyens. Cette régulation est encore perfectible, mais les progrès accomplis sont encourageants.

 

La Newsletter RH-Solutions.

Comme suite à l’intervention remarquée de Claude Prost et Philippe Le Bel à notre réunion plénière du Centre à Chenove, voici, pour ceux qui n’ont pas tout noté, la livraison de Juillet de la Newsletter de RH-Solutions.

Lire la Newsletter

A tous ceux qui sont intéressés par une activité de formateur indépendant, vous y trouverez le Guide Complet dédié ; de quoi méditer cet été. Rendez-vous à la rentrée !

Les Secrétaires.

Editorial de Juillet : vents favorables.

Les amateurs de bande dessinée ont depuis longtemps oublié la signification de « Jolly Jumper » et de « Lucky Luke » : mais nos conjoncturistes pourraient bien rappeler qu’en économie aussi, il est possible d’avoir de la chance, comme le Lonesome cow-boy, à la veine légendaire. Déjà, on voit fleurir les qualificatifs de « Lucky Emmanuel », à propos du Président de la France… Voici que la Tribune apporte de l’eau à leur moulin dans son édito du jour, signé Jean-Christophe Chanut.

Recrutements de cadres : au plus haut

215.000 recrutements de cadres seraient attendus cette année, selon les perspectives de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Le niveau pourrait même grimper à 236.000 en 2019… Mais certains profils surtout sont recherchés.

C’est un signe supplémentaire de l’embellie économique actuelle : le niveau des recrutements de cadres par les entreprises est en passe d’atteindre un record absolu. Mieux, si l’on en croit la dernière note de conjoncture de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), les recrutements de cadres ne vont cesser d’accélérer pour atteindre des sommets en 2019. Concrètement, le nombre des embauches devrait se situer à 215.000 en 2017, en hausse de 6% par rapport aux recrutements réalisés en 2016, puis à 225.000 l’année prochaine et encore à 236.000 environ en 2019. Ainsi d’ici deux ans, les embauches des cadres pourraient être supérieures de 50% à ce qu’elles étaient en 2013. Juste avant la crise de 2008, les bonnes années, les recrutements de cadres plafonnaient à environ 208.000.

Plus de cadres en raison de la tertiarisation de la société

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… Pas tout à fait cependant. D’abord, ces prévisions sont basées sur des taux de croissance du PIB relativement soutenus, avec 1,6% cette année – ce que l’Insee et la Banque de France pensent tout à fait réalisable – mais aussi en 2018 et une accélération à 1,8% en 2019. Par ailleurs, il convient aussi de comparer ce qui est comparable. L’offre d’emploi-cadre augmente, notamment en raison de la tertiarisation de la société. La population cadre représente maintenant environ 21% de la population active salariée contre 10% encore dans les années 1990. Autrement dit, la fonction « cadre » ne correspond plus forcément à une fonction « d’encadrement » d’une équipe, elle augmente « naturellement » en volume du fait de l’émergence de certaines fonctions qui n’existaient pas ou peu il y a vingt ans.

Ensuite, il y a de grandes différences parmi les profils de cadres recherchés. Parmi les entreprises qui souhaitent recruter un cadre au troisième trimestre 2017 – elles sont 58% dans ce cas, en hausse de six points sur un an – plus de 80% cherchent des cadres ayant entre un et dix ans d’ancienneté. Elles ne se sont plus que 44% à chercher des jeunes diplômés et 43% des « seniors » de plus de 20 ans d’expérience… Il est donc toujours difficile d’être un jeune diplômé tout juste sorti de l’école ou un cadre « senior » à la recherche d’un emploi… Même si la situation s’améliore un peu du fait des tensions qui se manifestent sur le marché du travail. De fait, 66% des entreprises déclarent avoir des difficultés pour recruter des cadres correspondants à leurs attentes, et l’APEC signale, qu’en moyenne, 36 candidats répondent maintenant à ses offres d’emploi contre 42, un an plus tôt.

Les métiers de l’informatique drainent un quart des offres d’emploi

Bien entendu également, tous les métiers ne profitent pas de façon comparable de cette reprise. Ainsi, avec un volume d’embauches estimé à 57.000, les métiers de l’informatique représentent à eux seuls près du quart des recrutements de cadres envisagés. Mieux, si on ajoute l’ingénierie et le conseil à l’informatique, à eux trois, ces métiers rassemblent 44% des offres d’emploi.

Cela dit, signe que la reprise est là, même dans des secteurs jusqu’ici en difficulté et qui ne prévoyaient donc pas de recrutements en masse, les choses semblent évoluer. Ainsi, dans l’industrie, 64% des entreprises envisagent de recruter un cadre au troisième trimestre, soit une hausse de… 9 points sur un an. Idem dans la construction – boostée par l’immense chantier du Grand Paris – où cette proportion est passée en un an de 47% à 58%. En revanche, dans la banque/assurance et le commerce et les transports, le nombre des recrutements n’enregistre aucune progression notable.

Jean-Christophe Chanut

@jcchanut

Fin de semestre : réunion N°91.

Notre fête de fin de semestre était organisée cet été au Centre 29, rue de Chenôve à Dijon. Elle a réuni une vingtaine de personnes, soit un petit peu moins de succès que l’an dernier : formule sans doute à revoir, et pourquoi pas sous une forme encore plus « économie Sociale et Solidaire »,  telle qu’un concert de la Fête de la Musique, ou à la Péniche Cancale ?

Comme on le dit à l’occasion, la quantité ne signifie pas toujours la qualité, loin de là ! Ce 22 Juin, l’ambiance était studieuse ! L’intervention de Claude Prost et de Philippe Lebel de RH Solutions a été concise, argumentée et étayée. Le témoignage de Franck Gillet, qui a eu recours aux prestations de portage était tout à fait éclairant de ce point de vue : trop qualifié pour les uns, pas assez parisien pour les autres, Franck a dû d’abord se résoudre à se faire connaître et tisser son réseau en « vendant » des prestations informatiques. Plutôt, comme il l’a dit lui-même : « RH Solutions assurait la gestion et la facturation, j’avais sous-traité le démarchage et la prospection, et je me cantonnais à mon coeur de métier, l’informatique ».

Avec une croissance de 30 à 35 % depuis quatre ans, la profession du portage salarial concernera prochainement 80.000 personnes. Elle est désormais régie par une convention collective qui entrera en vigueur le 1er juillet 2017. Bref, tous les indicateurs sont au vert, si l’on considère que la prestation d’une journée de cadre n’est plus obligatoire,  (les minima à la journée continuent à baisser). A cela s’ajoute le fait, selon Jean-Luc, que lorsque l’on crée sa propre structure, on souscrit d’entrée à toute une série de services, des droits, des équipements, des taxes. Dans le cadre du portage, au départ il n’est question que des charges directement corrélées au salaire, au Chiffre d’Affaires lié à la réalisation des prestations.

Nous avons eu plaisir à retrouver quelques visages « d’anciens », dont la plupart ont été des moteurs de BCN : Franck, qui nous suit avec son sérieux et son assiduité habituels, Bruno, qui nous annonce avoir signé la veille un CDI pour une entreprise prestigieuse d’Ambérieu dans l’Ain, Ligne Roset. Virginie, qui a transformé son CDD en CDI, en Isère chez son employeur de l’époque ; ( Virginie, désormais inscrite dans le carnet des mamans de BCN, aux côtés de Béatrice et d’Aurélie).  Amis contrôleurs de gestion, si vous constatez d’autres coupables erreurs dans nos statistiques, il existe une excellente formation GPMS* à l’AFPA… Ce clin d’oeil à Tracey, sergent recruteur à la recherche de jurés.

Autre intervention remarquée, celle de Joyce Naudin, coach de vie à la tête de sa structure « Un éveil de coaching » , qui a su capter et toucher ses auditeurs, au point de caler sans tarder une nouvelle rencontre dans la 2e semaine de Juillet. Attention ! La semaine sera chaude ! Le 11 Juillet se déroulera la Soirée des Lauréats, organisée par le Réseau Entreprendre Bourgogne. Restent donc le 12 et le 13 : nous serons en heure d’été, sortie de la MDA impérative à 20 heures. A vos tablettes !

Quelques mots sur l’activité de l’association en elle-même : les 6 et 7 Juillet, nous intervenons au Café-Zèbres en tant que co-organisateur, (33, rue de Montmuzard à la Maison de l’architecture et du Développement) puis le lendemain, comme partenaire du Gecko, au Selsapelpa 1, rue Marceau. Enfin, nous serons présents pour la 3e année consécutive au Grand Déj’ le 24 Septembre.

Nous sommes une nébuleuse de petites structures, chacune menant les actions qu’elle « aime » faire : pas de convention entre nous, pas de groupements associatifs. C’est le reproche que nous adresse Pôle-Emploi, et dont il faudra tenir compte à l’avenir. Mais que de progrès dans la prise de conscience en seulement 2 mois !

Nous entrons maintenant dans notre phase « administrative » : CD 21 et Dijon Métropole sont prêts à examiner nos demandes de subventions, que nous imaginons sous deux angles.

1°) continuer à s’équiper, de manière à doublonner et sécuriser nos matériels. Acquérir ainsi une situation de robustesse.

2°) Développer notre argumentaire en faveur d’un Service Civique début 2018, qui permettrait : i) d’assurer les formations sur les modules en ligne d’AEC.

                        ii) de préparer et accompagner l’upgrade du site WordPress. Le site se développe et de son contenu initial destiné aux comptes-rendus de réunion, il évolue vers un outil de réflexion à l’intention de nos adhérents.

                       iii) de concevoir et définir le cahier des charges de la Formation « Boîte à outils digitale », destinée à nos offreurs de projet en ligne.

Excellentes vacances à tous ! L’objet de vos recherches estivales n’est plus le Pokémon, beaucoup trop prévisible, mais l’Ikigaï, tapi dans vos profondeurs…

Signé : L’Ours

 

 

 

L’IKIGAI, un art de vivre.

La scène se passe dans un parc à Tokyo. Deux amis conversent sur le sens de leur vie et l’étonnante longévité des japonais. Un mot est alors échangé : Ikigaï, qui signifie littéralement « la joie d’être toujours occupé ». Pour les japonais, nous possédons tous un Ikigaï, une raison d’exister, qui nous pousse à nous lever chaque matin, et à être acteurs de notre vie.

De ce constat va naître une passionnante enquête sur ce « moteur existentiel » : comment les super-centenaires d’Okinawa (110 ans et plus) définissent-ils leur Ikigaï et en quoi les guide-t-il au quotidien ? Quelles habitudes adopter pour mieux vivre ?

Les auteurs  : Hector Garcia est un expert de la culture japonaise. Cela fait plus de 12 ans qu’il vit au Pays du Soleil Levant. Il est également l’auteur de l’ouvrage « Un geek au Japon ».

Francesc Mirales est écrivain et journaliste, spécialisé en psychologie et en spiritualité. Il écrit également des ouvrages de fiction : « Le plus bel endroit du monde est ici ». « L’amour en minuscules ».

Pour être franc, les records de longévité des Okinawiens n’étaient pas le coeur de notre sujet, mais plutôt la recherche d’une harmonie entre ce que nous aimons faire, ce que nous voulons faire, ce pourquoi nous sommes doués et ce que le monde attend de nous. Il est en effet plus satisfaisant et commode : 1°) d’aimer ce que l’on fait, 2°) d’être doué pour le faire, 3°) d’être payé et 4°) reconnu pour le faire. C’est même le profil idéal d’une personne en recherche d’emploi, et qui plus est, elle n’y restera pas longtemps.

Comment mener cette quête ? Par la logothérapie, on recherche le pourquoi de sa frustration existentielle, le ressenti de vide et de manque de sens. L’individu qui affronte ses problèmes et transforme ses objectifs en activités regarde en arrière avec sérénité, en raison des expériences de vie qu’il a connues, et n’a pas à envier la jeunesse de  ceux qui la possèdent encore.

A l’opposé de la frustration, il convient d’identifier les situations de plénitude : être à l’aise dans ce que l’on fait, totalement concentré et mobilisé, et sachant exactement quoi faire au moment présent. Pour définir cette sensation, le terme utilisé est « le flow », le flux qui symbolise l’ensemble des interactions qui mobilisent tout l’organisme.

« Le Flow est l’état des personnes absorbées par une activité qui seule semble importer, et qui ignorent totalement leur environnement en appréciant la tâche à accomplir, tout en éprouvant du plaisir en le faisant ». La plupart des athlètes, joueurs d’échecs ou ingénieurs se consacrent à des activités qui les font entrer en état de flow. Plus curieux encore : dans le monde entier, on décrit l’état de flow dans les mêmes termes.

Pour vous aider à naviguer sur ces eaux incertaines, quelques clés :

1°) une fois que vous aurez trouvé votre Ikigaï, vous vous battrez pour le conserver. « Le bonheur est toujours décidé par ton coeur ».

2°) recherchez des situations de robustesse : pas de risques inconsidérés, mais au contraire des risques répartis « pas tous ses oeufs dans le même panier ».

3°) ne prenez jamais votre retraite, restez toujours actif. Il est important de continuer à faire des choses de valeur, à avancer, à apporter de la beauté ou à se rendre  utile, en aidant forme à notre petit monde.

4°) Prenez les choses calmement. La hâte est inversement proportionnelle à la qualité de la vie. Quand nous laissons les urgences derrière nous, le temps et la vie acquièrent une nouvelle signification.

5°) Entourez-vous de bons amis. Ils sont le meilleur élixir pour chasser les préoccupations par une bonne discussion, raconter et écouter des anecdotes, échanger des conseils, partager, rêver. Vivre, en somme.

6°) Souriez. Une attitude affable procure des amis et détend la personne elle-même. Certes, il existe des choses qui vont mal, mais c’est un privilège de se trouver ici et maintenant dans un monde plein de possibilités.

7°) Reconnectez-vous avec la nature. Nous avons besoin d’y revenir régulièrement pour recharger les piles de notre âme.

8°) Remerciez. Pour tout ce qui illumine votre quotidien et vous rend heureux d’être en vie. En y consacrant chaque jour un moment, vous augmenterez votre capital bonheur.

9°) Vivez l’instant. Cessez de vous lamenter sur le passé et de redouter l’avenir. Tout ce que vous avez est aujourd’hui. Faites-en la meilleure utilisation possible pour que cela mérite de s’en souvenir.

10 °) Suivez votre Ikigaï. Il y a en vous une passion, un talent unique qui donne du sens à vos journées et vous pousse à donner le meilleur de vous-même jusqu’à la fin. Si vous ne l’avez pas encore trouvé, c’est votre prochaine mission.

Conclusion : comment concilier cette « introspection » avec le travail que nous menons actuellement (AEC) sur la finalisation du projet professionnel ? Une fois de plus, la dimension collective et collaborative est un levier majeur : l’estime de soi s’alimente du regard des autres, de leur bienveillance.  Les techniques de « l’autobiographie raisonnée » sont une manière de dégager une synthèse de la nature profonde de nos aspirations et de nos talents. Alors, on s’y met quand ?

L’Ours.

 

 

 

 

Notre relation au travail.

Tout le PAF (paysage audiovisuel français) bruit des adieux bouleversants de David Pujadas au J.T. de 20 heures de France 2. Et si tout cela n’était que la manifestation de notre nouvelle relation au travail ? La discussion est vive entre membres de BCN, aussi pour éclairer ce débat, le secrétariat a documenté la question :

Lettre ouverte à David Pujadas

Cette vibrante plaidoirie en faveur de l’adaptabilité, est bien dans l’air du temps ; pour ainsi dire c’est le « must think » d’aujourd’hui, comme il y avait autrefois des « must have » consuméristes…

En économie, le credo européen reste celui du chancelier Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain, qui font les emplois d’après-demain ». Donc, l’adaptabilité, la flexi-sécurité, la réduction du welfare state vont bien dans le sens demandé : en nous formant en permanence, pour acquérir des connaissances nouvelles chaque jour, devenir chaque jour plus productifs, sommes-nous certains de contribuer pour demain au plein-emploi pour nos enfants ?

Il faudrait pour cela commencer par distinguer différentes catégories d’investissements selon l’objectif poursuivi par l’agent économique.
- L’investissement de capacité désigne l’achat de capitaux fixes en vue d’augmenter les capacités de production (ex : achat de machines supplémentaires, etc.). Cet investissement est créateur d’emplois.
- L’investissement de productivité consiste en l’achat de capitaux fixes en vue d’améliorer l’efficacité de la production sans pour autant augmenter les capacités de production (ex : remplacement des salariés par les machines). Cet investissement peut être destructeur d’emplois.
- L’investissement de remplacement désigne l’achat de capitaux fixes en vue de remplacer les capitaux fixes usés ou obsolètes. Cet investissement est sans effet sur l’emploi.

La plupart des investissements dans les nouvelles technologies, (qu’ils fassent appel ou non à l’IA – l’intelligence artificielle), répond à un nouvel impératif : ce sont des investissements de compétitivité – ou de conquête de parts de marché, si l’on préfère : si je ne crée cette application, mon concurrent le fera à ma place, et ses coûts de RH en seront réduits… Si je ne distribue pas mes colis ( ou mes pizzas) par des drones, ces milliers de porteurs ou de facteurs qui les portent aujourd’hui avec – ou sans – un sourire ou un mot aimable, vont plomber ma compétitivité.

L’évolution de l’espèce humaine, concept très darwinien, répond à l’impératif de sélection naturelle : les plus forts survivront. Si je suis le plus fort, le plus résistant, le plus flexible, que m’importent au fond tous les « laissés pour compte » de l’économie numérique ? Il manque donc deux valeurs à cette ambition : la dignité qu’apporte à chacun un travail authentique, et le souci de produite un développement durable, c’est-à-dire une planète saine et viable où il fera bon vivre aux générations futures.

Les secrétaires.