Estime de soi : le Graal ?

Voici la synthèse d’un article rédigé par Marie-Madeleine Sève, spécialiste des questions économiques et sociales dans différents media, dont les Echos : complet et audacieux, cet article permet de visualiser – et donc de formaliser – nos propres objectifs !

Je n’y arriverai jamais », « Je ne suis pas à la hauteur », « J’ai peur… » Si notre 
esprit génère ce genre de doutes, il peut aussi les éliminer. Mode d’emploi.

Soyons lucides, je ne suis pas au niveau. Et je me suis mis toute l’équipe à dos.» Julie, brillante polytechnicienne de 35 ans, se souvient à quel point elle s’était fustigée après une présentation ratée devant un big boss. Alors cadre supérieure dans une grosse banque, elle vivait ce que les psys appellent le «syndrome de l’imposteur», persuadée d’usurper la place de quelqu’un d’autre, qui aurait été plus compétent qu’elle. A l’inverse, sa sœur Marie, artiste peintre, s’épanouissait dans son atelier, sûre d’elle et de son avenir. Bien que les deux jeunes femmes aient reçu la même éducation, l’une était en proie au doute permanent, tandis que l’autre avançait avec confiance. Comment expliquer une telle différence ?

Selon l’Institut de médecine environnementale (IME), la clé de nos comportements réside dans l’estime de soi, laquelle est fondée sur trois piliers.

  • Le tempérament, constitué des motivations et des préférences profondes, se forge de 0 à 6 mois : c’est le socle de la personnalité.
  • La confiance en soi dite spontanée s’affirme à l’âge de 3 ans, lorsque l’enfant se met à dire «non», et se renforce à la puberté.
  • Enfin, le caractère se construit à chaque étape du développement et des expériences vécues par l’individu. Or il suffit d’un manque, d’une défaillance lors de notre développement pour que l’estime de soi soit fragilisée. Adulte, des situations précises – devoir s’adresser à une figure d’autorité comme un PDG, prendre du galon, négocier un gros contrat… – peuvent faire ressurgir cette vulnérabilité. Mais l’estime de soi n’est pas comme la couleur de vos yeux : vous pouvez la faire évoluer.

Voici Cinq pistes à suivre pour y parvenir.

  1. Prenez appui sur vos dispositions naturelles

«J’avais envie d’être laborantine. Mais en fac de biologie, j’ai déprimé. Et le jour où j’ai dû disséquer une grenouille, j’ai décampé.» Céline Chaubard, manager à Companeo (conseil aux PME), a alors bifurqué vers une tout autre filière, la vente, où elle poursuit une belle carrière. «Aujourd’hui, raconte-t-elle, je suis responsable d’une équipe de télévendeurs. Cela aurait été une erreur de m’obstiner dans la recherche alors que j’ai la fibre relationnelle et le goût du challenge.»

En effet, «Quand on va vers ses prédispositions naturelles, on risque peu d’échouer», confirme Pascal Vancutsem, coach de dirigeants chez Coaching & Performance.

Pour identifier les vôtres, soyez attentif à vos émotions. Dans quel domaine avez-vous l’impression d’agir avec aisance et plaisir ? Si vous éprouvez un fort sentiment de sécurité intérieure, c’est que vous êtes en phase avec votre nature profonde. A contrario, suivre une voie qui n’est pas la sienne fragilise. C’est ce qui s’est produit pour Julie : en se conformant au schéma parental d’une carrière élitiste, elle a contrarié son goût pour l’expertise financière et altéré son estime d’elle-même. Et quand elle a accédé à une fonction de top management, la belle construction s’est fissurée. Alors qu’en suivant sa vocation artistique, sa sœur a puisé dans ses motivations profondes.

Appuyez-vous, vous aussi, sur vos talents et vos facilités naturels, quelles que soient les directives de votre fiche de poste. Vous aimez le contact ? Servez-vous-en pour créer du lien entre vos collaborateurs, par exemple. Vous êtes enclin à la discrétion mais aimez épauler ? Soyez présent en cas de difficulté.

  1. Evacuez les pensées néfastes et les croyances limitantes.

Dès que notre ego est touché, nous avons tendance à nous dévaloriser. Il faut faire taire cette petite voix intérieure qui nous juge sévèrement : «Je ne suis pas à la hauteur», «De toute façon, je n’y arriverai pas…» «Ces croyances limitantes nous paralysent, observe Nicolas Dugay, coach et directeur associé de CAA. Car même si elles sont fausses ou simplement exagérées, le cerveau les considère comme vraies. A la moindre situation de stress ou d’incertitude, il les réactivera automatiquement. Il faut les “déraciner” pour les remplacer par des pensées constructives.» Ne croyez pas qu’un simple «mais si, tu vas y arriver» suffira. Pour se persuader qu’on est à la hauteur de la situation, il faut recourir à des contre-exemples «antidotes».

Pour cela, dialoguez sous forme de questions-réponses avec quelqu’un qui vous connaît bien. Par exemple : «Je n’arrive pas à parler spontanément à mon chef de mes idées.» «As-tu déjà eu l’occasion de le faire ?» «Oui.» «Sur des sujets importants ?» «Oui.» «Pourquoi cela a-t-il fonctionné ?» «J’avais élaboré un plan d’action sur un projet.» «Qu’en a-t-il pensé ?» «Il m’a félicité»… C’est efficace pour se rassurer.

Autre parade possible, plus utilisée à l’étranger qu’en France : pratiquer la méthode Coué, par le biais d’affirmations positives. «Plus celles-ci seront courtes, spécifiques et formulées au présent, mieux elles neutraliseront vos croyances limitantes», expliquent Rosette Poletti et Barbara Dobbs, toutes deux professionnelles de santé, dans «L’Estime de soi» (Editions Jouvence).

Depuis sa prise de poste en tant que manager, Céline Chaubard a adopté une autre technique. Chaque soir, elle liste ce qu’elle a effectué de positif dans la journée et les résultats qu’elle compte obtenir le lendemain. «Imparable, dit-elle, pour garder un mental d’acier.»

  1. Donnez-vous le droit d’échouer pour ne plus craindre la chute

Une autre croyance se révèle particulièrement ravageuse : se dire qu’on n’a pas le droit de se louper. Elle sévit particulièrement chez les sportifs de haut niveau. «L’erreur est de faire dépendre son estime de soi d’une seule performance ou de ses performances dans un seul domaine, indique Juliette Tournand, coach de dirigeants et de grands navigateurs, auteure de “Secrets du mental” (InterEditions). Car au moindre accroc, tout s’effondre.» Face à cette menace, surtout si vous vous investissez trop dans votre boulot, elle préconise deux remèdes. «Tout d’abord, identifiez au moins trois grandes sources d’équilibre dans votre vie : votre situation familiale, vos relations amicales et un hobby où vous excellez, par exemple. Ainsi, si vous subissez un revers professionnel, les autres aspects vous aideront à préserver votre énergie, vos émotions positives et votre estime de vous.»

C’est ainsi que procède le navigateur-skippeur Jean Le Cam, qui dispute depuis des années le Vendée Globe. Avant et pendant l’épreuve, il garde toujours en tête l’enjeu de la course, mais il n’oublie jamais qu’il ne s’agit que d’un pan de son existence. Résultat, en cas de contre-performance en mer, il s’appuie sur ses deux autres «raisons d’être», sa famille et sa passion de la technologie, pour se remotiver. «La seconde technique est de concentrer ses efforts sur ce qu’on peut maîtriser, poursuit Juliette Tournand. Exemples : Boucler un dossier, bétonner un argumentaire, piloter tel projet… Inutile de dépenser son énergie à s’inquiéter pour des éléments hors de notre contrôle.»

  1. Affranchissez-vous du regard que les autres portent sur vous

«Tout le monde se fichait de moi, même mon banquier, raconte Guillaume Gibault, qui a créé Le Slip français en 2011. J’ai quand même réussi à lui emprunter 10.000 euros pour un projet qu’il estimait complètement ringard.» Ce patron de 27 ans (lire son témoignage page ci-contre) ne s’est pas laissé déstabiliser par les moqueries. Bien lui en a pris : surfant sur le très en vogue «made in France», sa PME sacrément culottée réalise déjà 300.000 euros de chiffre d’affaires. Pourtant, le regard des autres peut facilement ébranler une estime de soi vacillante. «On entre alors dans un cercle vicieux qui consiste à toujours chercher l’approbation de l’autre», observe le psychothérapeute Frédéric Fanget, auteur d’«Oser, thérapie de la confiance en soi» (Odile Jacob). Pour croire en soi, il faut d’abord se sentir libre.

Ne donnez pas aux autres le pouvoir de vous juger, permettez-leur seulement d’exprimer leur opinion. Et si le doute est exprimé par votre chef ? Minimisez-en autant que possible la portée, comme a appris à le faire Virginie David-Cosme, lorsqu’elle était formatrice chez Air France. «J’avais demandé à mes supérieurs si je pouvais passer du statut d’agent de maîtrise à celui de cadre. C’était légitime, mais ma N + 2 m’a rétorqué : “Je ne suis pas sûre de pouvoir vous faire confiance.” J’ai été tellement choquée que j’en ai développé une cervicalgie aiguë qui m’a forcée à prendre du recul vis-à-vis de mon travail.» Cette mise à distance lui a permis de puiser dans ses ressources : elle a finalement décroché une formation, puis un poste de cadre à la DRH.

  1. Visualisez-vous en train de triompher des obstacles

Et si vous deveniez le metteur en scène d’un film où tout se déroule parfaitement ? Vous avez le meilleur rôle, vous réussissez avec brio tout ce que vous entreprenez, vous vous sortez des situations les plus délicates. C’est ce que les coachs sportifs appellent la «visualisation» : vous suscitez une succession d’images mentales où vous atteignez vos objectifs. Jack Nicklaus, l’un des meilleurs golfeurs de tous les temps, avait ainsi l’habitude d’attribuer 10% de sa réussite à sa forme physique, 40% à sa technique et 50% à la visualisation mentale de ses coups (trajectoire, réception, rebond de la balle…). Si cette technique se révèle tellement efficace, c’est parce qu’elle leurre le cerveau. «Que l’individu visualise un geste ou qu’il l’exécute réellement, pour notre cortex, c’est pareil : les connexions neurologiques sont les mêmes», explique Nicolas Dugay.

Détendez-vous et laissez libre cours à votre imagination. «Visualisez une fin heureuse qui couronne un parcours sans faute accompagné d’un sentiment de satisfaction intense, suggère Edith Perreaut-Pierre, ancien médecin militaire et coach, auteure des “Techniques d’optimisation du potentiel” (InterEditions). Ensuite, reprenez le scénario depuis le début, en imaginant cette fois que vous franchissez un à un tous les obstacles rencontrés.» Ainsi, ce directeur informatique, déstabilisé à l’idée de présenter son projet en public, a d’abord visualisé la fin de sa conférence couronnée d’applaudissements. Ensuite, il a mentalement revécu l’expérience en se représentant en train de bredouiller, d’avoir des trous de mémoire, puis en se voyant retomber sur ses pieds. «On peut aussi rechercher dans son passé des réussites similaires à celle qu’on voudrait connaître», souligne la sophrologue Nathalie Bergeron-Duval.

L’intérêt de la visualisation ? Elle mobilise nos cinq sens. Luc a entendu les bravos, connu la satisfaction d’être écouté, éprouvé la peur de perdre le fil de ses pensées, senti sa gorge devenir sèche : des images qu’il a rectifiées en s’imaginant reprendre sa respiration, boire un verre d’eau, consulter ses notes… Il faut répéter ce processus au moins quinze à vingt fois pour ancrer en soi de nouveaux réflexes «pavloviens». L’idéal est même de repérer, au cours de cette session d’imagerie mentale, un stimulus qui vous aidera à trouver une énergie positive avant l’épreuve. Pour Zinedine Zidane, c’était, avant chaque match, d’enfiler systématiquement sa chaussette gauche avant la droite.

Marie-Madeleine Sève

Publicités

BCN et le coaching.

Depuis la rencontre en plénière du 22 Juin au Centre, le sujet du coaching est présent dans toutes nos discussions ; l’intervention de Joyce Naudin, très remarquée, a suscité des attentes.  Nous avons tourné autour de la manière de concrétiser une offre de coaching, à la fois différente et fortement complémentaire des contenus développés dans notre formation-vitrine AEC.

Résumons la proposition de Joyce : « Oups je crois que je m’aime ».

  • Atelier de 6 personnes.
  • Durée de 3 mois, à raison de 2 modules de 1 h 30 par mois
  • Support : livret de travail
  • Les ateliers sont gratuits, le suivi personnalisé est proposé à 30 €/l’heure au lieu de 50 habituellement.

Le programme détaillé des 6 modules nous conforte dans notre souci de cohérence :

  • Etat des lieux : auto-observation, test de personnalité, test de confiance en soi.
  • Estime de soi : compréhension de sa genèse, pyramide de Maslow, diagnostic.
  • Paradigmes de fonctionnement : réactions aux dangers, croyances limitantes.
  • Définition des objectifs et reconditionnement : choix de stratégie*.
  • Mise en place d’un plan d’action.
  • Bilan et feed-back

* Pour ce module, la présence du partenaire de responsabilisation est indispensable.

Joyce a mis à notre disposition un document complet : elle est joignable par mail : joyce.naudin@un-eveil-de-coaching.com

Toutes les informations complémentaires, ainsi que l’agenda du dernier trimestre 2017 seront abordés lors du Grand Déj’, sur le stand de l’Association. Nous sommes toujours partenaire de l’action EMCC menée par Olivier Champion, qui s’adresse à des personnes plus curieuses du métier de coach, des pratiques, de la déontologie et des conditions de labellisation professionnelle. Les Coordonnées d’Olivier :

olivier.champion@alphacoaching.net

Et pour finir, un scoop ! Rendez-vous le 12 Octobre à la Maison des Associations, à 18 heures, pour aborder tous ces sujets et s’inscrire.

Le Bureau de BCN.

 

Sommes-nous toujours bien décidés à vivre ensemble ?

Cette petite phrase citée par Joseph Stiglitz à l’occasion d’une critique sur l’explosion des inégalités aux Etats-Unis sert d’appui à l’ouvrage de Jacques Généreux, « La Grande Régression », Seuil, 2010, 284 p., 18 euros. Ce briochin né en 1956 est Professeur à Sciences Po, auteur d’une vingtaine d’ouvrages d’économie et de philosophie politique, Secrétaire national à l’économie du Parti de Gauche.

Ce que n’accepte pas Jacques Généreux – et il a mille fois raison de ne pas se résigner -, c’est que disparaisse  » la promesse d’un monde meilleur «  depuis que les Trente Glorieuses ont cédé la place aux Trente Odieuses. Aussi plaide-t-il pour qu’à cette Grande Régression (les majuscules sont de lui) succède une « grande transformation démocratique, celle qui nous sortira de la dissociété de marché pour nous emmener vers la société du progrès humain ». Il a non moins raison de penser qu’une « société plus juste, plus solidaire, plus sûre, où l’on vit mieux ensemble, est un bienfait immédiat (…) qui crée les conditions nécessaires pour relever les défis écologiques ».

Avec une rare clarté, Jacques Généreux, explique d’abord en quoi la crise mondiale en cours est l’effet inéluctable des politiques qui, depuis trente ans, ont promu un système vraiment capitaliste et l’essor mondial d’une véritable économie de marché, à l’exact opposé du mouvement engagé par les deux générations précédentes, qui il est vrai avait connu les ravages de la crise de 1929 encadrés par 2 Guerres mondiales.

La période-charnière des « 30 Glorieuses » démarre en 1944 – 1945 (Accords de Bretton Woods) et s’achève fin 1973 avec le 1er choc pétrolier : à l’illusion de la croissance perpétuelle, personne ne songe alors à opposer la croissance « soutenable », celle qui répartit l’effort de tous pour rester à l’intérieur des ressources limitées de la planète. Le « Toujours plus », momentanément stoppé n’étant dès lors plus à la portée des états-providence, laisse place au néolibéralisme de la compétition exacerbée ; ce n’est pas tout. Avec la chute du Mur, le grand Satan communiste cesse d’être une menace, et le modèle néo-libéral s’exporte alors sans peine dans les anciens satellites de l’URSS, membres du Pacte de Varsovie, avec le soutien des dirigeants de droite comme de gauche de l’U.E.

Restent deux points-clés de compréhension :

1°) le mythe de la mondialisation, que l’on « n’a pas pu empêcher » : à la fin des années 70, la pénétration des textiles et des produits manufacturés d’Extrême-Orient était encore du même ordre qu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ce sont des traités internationaux acceptés par les démocraties qui ont ouvert les vannes, au nom de la course à la productivité.

2°) Même hypocrisie sur le plan financier : depuis la fin (en 1971) de la convertibilité du dollar en or, les Etats-Unis sont en butte au risque d’une rébellion des pays qui réclameraient le retour à la monnaie-étalon. Ils sont condamnés à « titriser » leurs créances, et auront recours pour cela à la mondialisation de la finance. Là encore, les démocraties occidentales ont accompagné le mouvement.

Le grand mérite de ce livre réside dans son chapitre 4 : « La régression sociale, morale et politique ». Au terme d’une étude d’anthropologie générale fouillée, (90 pages !) l’auteur démontre que  la crise économique n’est qu’un avatar d’un plus vaste mouvement de régression de la civilisation moderne.

Au terme d’une quête perpétuelle d’émancipation des individus, s’est installé un hyper individualisme qui efface les repères moraux, détruit les liens sociaux et limite l’épanouissement personnel à la compétition permanente pour l’accumulation des biens.

S’ensuit une mutation culturelle qui a d’abord favorisé le culte fou du marché et la fuite en avant consumériste qui détruit l’écosystème. Mais ensuite, la violence comme le désordre social et international exacerbés par l’hyper libéralisme nourrissent la peur de l’autre, de l’étranger et du vide moral, d’où de multiples pulsions régressives: obscurantisme, replis communautaires ou nationalistes, politiques liberticides au nom de la sécurité.

Pour sortir de cette régression, l’auteur montre comment on peut, sans révolution, en une simple législature démocratique, sortir de la société de marché capitaliste qui nous y a entraînés.

Mais nous risquons d’être durablement empêchés de renouer ainsi avec le progrès par les dysfonctionnements d’une démocratie où les classes populaires ne vont plus voter et par l’imbécillité d’une gauche « moderne » qui a fini de se convertir au modèle libéral au moment même ou celui-ci s’effondre. Or, il ne suffit pas d’avoir des élites intellectuelles et des politiques avisés qui promeuvent la société du progrès humain. Allez donc prêcher pour la paix au milieu d’un champ de bataille : vous vous prendrez une balle.(P. 203).

Il ne faut donc plus être seuls ! Des concepts erronés comme « le capitalisme vert » (l’écologie au service du … capitalisme), « l’aléa moral », le droit d’être moins prudent dès lors que l’on est bien assuré, ou encore les effets bien connus désormais du « passager clandestin » (abondamment révélés par la COP 21 : ce n’est pas moi qui reçois les bénéfices de mes efforts pour réduire les émissions de C02, mes voisins peuvent donc être tentés d’en profiter sans rien faire) sont de nature à entraver ou retarder un retour à la Société du progrès humain, le seul modèle qui fasse la synthèse des 12000 ans d’essais et erreurs de notre communauté humaine.

Un ouvrage lucide, mais aussi sincère, optimiste et rafraîchissant !

L’Ours.

Homo sapiens googleiens.

Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’aura été aussi facilement accessible. Le nouveau paradigme de l’information impacte l’économie, la politique et la culture, mais provoque surtout une mutation de notre intelligence cognitive et émotionnelle.

L’omniprésence des moteurs de recherche nous a conduits au paradigme de l’information. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’aura été aussi facilement accessible. Ces moteurs évoluent pour devenir de plus en plus intelligents. En parallèle, on assiste également à une mutation de notre intelligence. Le contact avec ces algorithmes de recherches a stimulé l’évolution et le développement de notre intelligence, de nos habiletés à communiquer et à nous organiser efficacement.

Intelligence numérique

Le nouveau paradigme de l’information impacte l’économie, la politique et la culture, mais provoque surtout une mutation de notre intelligence cognitive et émotionnelle. L’interaction continuelle avec ces interfaces intelligentes pourrait même conduire à l’apparition d’une nouvelle espèce : « homo sapiens googleiens ».

J’ai récemment été interpelé par un billet de Radio-Canada, mentionnant comment les interfaces de recherche à algorithmes intelligents pouvaient assimiler nos préjugés et nos stéréotypes de façon à « mieux » comprendre ce que nous cherchons. Ces algorithmes interprètent le « Big Data » pour tout savoir et tout interpréter des internautes. Une intelligence numérique extrêmement puissante interprète des quantités astronomiques d’informations pour mieux nous connaitre.

En psychologie, on utilise même les intelligences artificielles pour mieux soigner certains patients. ( Lire cet article de réf)

À Montréal, l’Institut des Algorithmes d’Apprentissage (MILA)  est particulièrement reconnue pour ses travaux sur des algorithmes d’apprentissage approfondis nommés « deep learning ». Ces modèles de calcul composés de couches de traitement multiples permettent la représentation de données sur plusieurs niveaux d’abstraction.

Ce type d’algorithme rend possible l’interprétation du « Big Data » pour le rendre intelligent et connaitre absolument tout de nos habitudes de consommation, de communication, de nos goûts, de nos habitudes. Comme un bon psychologue, il connait  tout de nos choix, mais également tout des mécanismes qui déterminent ces choix.

On sait que cette intelligence numérique très puissante interprète toute les données brutes recueillies depuis des années sur nos habitudes, sur notre profil, à partir de nos recherches sur Google, à partir des informations qui guident nos requêtes, à partir de ce qui retient notre attention sur le Web (site visités).

Cette intelligence interprète le poids que l’on donne aux informations numériques. A partir de ces données massives sur nos choix et ce qui les provoque, elle peut évaluer notre quotient intellectuel et notre quotient affectif.

Elle peut évaluer le développement de nos aptitudes sociales, ou politique, le développement de notre pensée critique et déterminer avec précision, au cas par cas, ce qui détermine ce développement.

Avec les données longitudinales, elle peut même déterminer la vitesse d’évolution de notre intelligence, notre courbe d’apprentissage, nos sources de motivation, nos sources d’inspirations.

Cette intelligence, j’en suis certain, sait déjà tout de ceux qui interagissent avec ces organes sensitifs, moteur de recherche, courriel, cellulaire, agenda numérique, réseaux sociaux. Et pour ceux qui ne sont pas sur ces réseaux sociaux, qui ne font jamais de recherche sur Google, elle sait déjà qu’ils sont paranoïaques !

Restons optimistes

Au point de vue pratique du consommateur, si ces interfaces ont la capacité d’apprendre à mimer nos préjugés, ils ont logiquement la capacité d’apprendre à ne pas le faire et même de nous apprendre à ne pas le faire.

Je crois (avec une réserve de paranoïa raisonnable) que les corporations utilisant ces interfaces voudront préserver une image d’excellence et éduqueront leur interface par des filtres et des valeurs à leur image.

On peut facilement imaginer que d’ici peu, des réseaux sociaux puissent  imposer des filtres intelligents aux usagers pour émuler des valeurs positives. Ce processus devra être transparence, une des premières valeurs à propager…

Il y a trente ans les « trois lois de la robotique » appartenaient au registre de la science-fiction, mais plus maintenant. En fait les érudits Azimoviens compteront surtout sur la loi Zéro : « Un robot ne peut pas porter atteinte à l’humanité, ni, par son inaction, permettre que l’humanité soit exposée au danger».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_lois_de_la_robotique

Par exemple, Elon Musk, l’entrepreneur du tourisme spatial, envisage une symbiose télépathique de l’humain avec l’intelligence artificielle. Cette symbiose qui se veut « consensuelle » impliquera nécessairement des valeurs humanistes.

Nous constatons déjà comment l’expansion exponentielle de l’information a transformé notre façon de communiquer, de penser, de ressentir. Le contact fréquent et significatif avec une interface intelligente façonnera notre propre intelligence en stimulant le développement de nos fonctions cognitives et émotives.

Et ce ne sera pas seulement la pression adaptative qui nous poussera à mieux interpréter et comprendre ce flux croissant d’informations.  La conception des interfaces évoluera pour les rendre plus compréhensive, voir plus empathique. Les travaux de Serge Tisseron.

Évoquent bien comment cette empathie artificielle pourra certainement aider les humains à mieux vivre leur « psychologie » à mieux réguler leurs émotions.

En fait, le simple fait d’avoir accès virtuellement illimité à une interface qui organise les informations, les mémoires, les représentations, constitue un avantage évolutif extrême. Par un effet de rétroaction dynamique, cet accès nous stimulera à organiser des stratégies de gestion pour mieux exploiter cette ressources.

Des exemples,

Imaginons un étudiant, qui au contact de cette interface, sera renforcé à développer des stratégies efficaces pour comparer des théories, lire des articles scientifiques, ou un écrivain qui pourra comparer son style d’écriture, des expressions, des dialogues, avec des milliers d’autres bouts de textes, tous classés par pertinence, ou selon d’autres critères de l’interface.

Ces exemples démontrent bien comment l’exposition à ces interfaces constitue une stimulation cérébrale inédite.

Les psychologues connaissent l’importance de cette stimulation pour renforcer la mémoire, l’attention et le raisonnement. On entend même parler de « Google Therapy », qui consiste essentiellement à utiliser le moteur de recherche pour se documenter sur une problématique de santé, consulter des archives de forum et trouver des ressources thérapeutiques spécialisées.

Cette exposition formate notre « matrice » psychologique qui s’en trouve métamorphosée. Plus nous consommons d’information, plus nous développons notre compétence, notre efficacité, notre motivation et notre intérêt à consommer cette information.

Rankbrain : une prothèse cognitique.

En partant de la prémisse qu’il est avantageux pour une personne d’investir du temps dans l’acquisition de connaissances, de stratégies de comparaisons et d’analyse de ses besoins, on peut être assuré que le temps sera investi.

En conséquence, l’émulation de cette prothèse cognitique nous conduira vers une plus grande organisation de nos connaissances.

L’algorithme du futur nous accompagnera dans notre « définition du problème » (problem finding), il nous proposera différents cheminements, plusieurs options, en fonction de la façon dont nous proposerons notre besoin. Pour reprendre la métaphore du « data mining », une interface dopée à l’intelligence artificielle ne proposera plus de creuser le tunnel pour nous, mais nous apprendra à mieux creuser.

Évolution de l’interface de recherche : Parlons marché.

Si ces interfaces restent dans le domaine de la consommation, c’est-à-dire dans le cadre d’un marché ouvert, on peut être assuré que les consommateurs opteront pour des produits aux valeurs humanistes.

Évidemment, c’est un sujet à débattre. Mais pour de raison évidente d’image de marque (branding) l’offre d’interfaces à valeurs humanistes sera prépondérante (on pourra toujours s’inquiéter des applications militaires et de surveillance qui ne respecteraient pas la loi Zéro). Pour mémoire, voici les 3 composantes de la loi d’Isaac Asimov posées dans l’ouvrage « Le cercle vicieux », paru en 1942.

  1. un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
  2. un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  3. un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

En partant du principe que l’information brute soit un bruit inutile. L’exposition à la connaissance implique le développement de notre capacité à la gérer.

Plus l’information abonde, plus nous cherchons à la trier, à la filtrer, la catégoriser et à la raffiner pour en extraire un sens et l’interpréter. Il faut l’interpréter pour l’intégrer dans un schème utilitaire, dans un projet de carrière, dans une nouvelle recette, un site de vacance. Tous les étages de la pyramide de Maslow seront revisités.

Comme l’expansion historique de la demande pour ce produit sera constante, il est normal de s’attendre à une évolution en fonction de cette énorme pression. On peut facilement prévoir qu’elle arrivera bientôt, avec l’aide de quelques « biscuits », à « lire dans nos pensées », en interprétant avec de plus en plus de précision, notre demande d’information à partir de quelques mots clés, ou un bout de phrase, ou une question, une adresse, un nom de fichier.

Si vous l’autorisez, cet algorithme s’adaptera

  • ·         à votre culture,
  • ·         à votre vocabulaire,
  • ·         à vos recherches antérieures,
  • ·         à votre identité,
  • ·         à vos goûts, votre âge, votre genre,
  • ·         à votre profession,
  • ·         à votre localisation,

Pour interpréter, mais aussi analyser votre requête. Un vrai cauchemar pour les spécialistes du référencement Web puisque aucun positionnement dans les résultats de recherche ne saurait être acquis de façon absolue.

Votre demande d’information, se transformera elle-même en information, parce que l’interface intelligente aura la capacité d’interpréter.

Cette interface aurait même la capacité d’apprendre de ses erreurs, pour s’améliorer et se perfectionner. Mais ce n’est que de la science-fiction, n’est-ce pas? Il reconnait notre sémantique et le « machine learning » lui permet de raffiner son interprétation.

Un article collaboratif de R.Côté, psychologue à Montréal et Kristof Maret  expert SEO : Chronique de 

Références

  • Dudek, Stéphanie Z.; Côté, Rémi. Problem finding revisited. In Runco, Mark A. (Ed). (1994). Problem finding, problem solving, and creativity, (pp. 130-150). Westport, CT, US: Ablex Publishing, xiv, 303 pp.
  • LeCun, Y. Bengio, Y. and Hinton, G., Deep Learning, Nature, 521(7553), pp.436-444, 2015.

Mille bravos, mille mercis !

C’est fait : pour la première fois, notre site WordPress affiche plus de 1000 visites uniques, score atteint pour la seule année 2017, et donc en nette progression. Allez, c’est un premier pas, mais on ne va pas « se la  raconter » : bien des points d’amélioration restent à travailler.

Le premier d’entre eux reste le nombre d’abonnés : que l’on soit ou non abonné au « Lecteur » WordPress, il est possible de recevoir les articles sous forme de push-mail, dans la boîte mail de son choix. Il faut vraiment le faire ! C’est notre première assurance que les adhérents de BCN reçoivent nos informations, nos annonces.

Le second sera abordé lors de notre réunion du 17 Août : comment améliorer le contenu et la diffusion, grâce aux fonctionnalités de l’outil ? Ce premier exercice sur le « Plan gratuit » nous donne des perspectives, comme dans d’autres domaines, l’avenir passe par un PDCA (Plan – Do – Check – Act), notre Plan d’Action Qualité à nous !

Attention aux coups de soleil !

L’Ours.

Comment être plus efficace grâce à la Loi de Pareto.

Aperçu aujourd’hui dans la Newsletter « Cadreo », avec une forte connotation « management », cet article fort utile et pratique sur l’un des blogbusters mondiaux !… C’est étonnant que cet économiste italien n’ait pas encore eu les honneurs de Hollywood.

Ce n’est que dans les années 50 que l’ingénieur Joseph Juran, utilise le principe de Pareto un comme « outil d’analyse universel ». Selon lui, il est possible de séparer n’importe quoi entre  l’essentiel et l’accessoire. « Le principe de Pareto est une méthode générale permettant de séparer un quelconque agrégat en deux parties : les problèmes vitaux et les problèmes plus secondaires — dans tous les cas, l’application du principe de Pareto permet d’identifier les propriétés des problèmes stratégiques et de les séparer ». Concrètement, on peut dire que :

  • 80 % des résultats obtenus (négatifs comme positifs) proviennent de 20 % de notre travail.
  • 80 % du chiffre d’affaires provient de 20 % des produits ou services proposés.
  • 20 % des clients représentent 80 % du Chiffre d’Affaires.
  • 80 % du temps de travail correspond à 20 % de travailleur mission de dirigeant.
  • 20 % du personnel est touché par 80 % des accidents du travail.
  • 20 % des habits sont utilisés 80 % du temps…

Déléguer les tâches accessoires

Pour les cadres, la loi de Pareto correspond à la part consacré au management, soit 20 % de leur temps. Mais ce qu’il faut retenir de la loi de Pareto, c’est essentiellement le principe de la distribution pour apprendre à mieux trier les tâches et à les accomplir selon leur degré d’importance ou d’urgence. Chacun a déjà pu éprouver le sentiment de perdre du temps à réaliser des tâches quotidiennement.

Assez simplement, le principe de Pareto consiste alors à se concentrer sur les 20 % des tâches qui sont les plus efficaces dans son travail. Dans une journée type de travail, cette loi veut qu’il faudrait commencer ses journées par les missions qui sont les plus positives et à repousser en fin de journée les moins efficaces.

Pour aller encore plus loin, les cadres pourront aller jusqu’à réaliser un diagramme de Pareto, un graphique permettant de visualiser les missions les plus chronophages des autres. Selon leur importance, les managers pourront revoir leur emploi du temps, déléguer certaines missions à leurs collaborateurs ou même à externaliser certaines actions. A titre individuel, posez-vous cette question : si vous ne deviez travailler que 2 heures par jour, quelle tâche serait véritablement essentielle ?

> 9 astuces pour ne plus être débordé au travail

Et si on changeait ses habitudes ?

Pour de nombreux salariés, la vie en entreprise commence bien souvent par la lecture et la réponse aux mails. La matinée va se poursuivre ensuite par une première pause café, une réunion d’équipe, des appels à des clients puis la reprise d’un dossier de fond. On peut sans trop se tromper estimer qu’une telle matinée aurait pu être plus efficace en en inversant l’ordre ou en modifiant le temps passé pour chaque activité. La réunion serait probablement écourtée, le temps pris à répondre aux mails repoussé après midi, avant la pause-déjeuner – quand on commence à être moins efficace – et le temps passé à travailler les dossiers de fond pris dès le matin.

> Comment changer ses (mauvaises) habitudes et celles de ses collaborateurs grâce aux neurosciences ?

Evidemment, tout le monde ne travaille pas de la même manière. Quant à la loi de Pareto, si on peut douter que la « règle des 80/20 » soit toujours pertinente, elle est plutôt bien vu. D’ailleurs ce sont les cadres qui le disent, selon eux : seulement 25 % des réunions seraient vraiment efficaces.

> La règle des deux pizzas et autres secrets pour des réunions productives

Nous vous conseillons les articles suivants :

Prochaine étape : le pitch en 6 minutes 40 chrono, soit 20 slides de 20 secondes…

L’Ours.

 

Editorial : sommes-nous faits pour les vacances ?

Il y a un an Gaspard Koenig consacrait un Time To Philo aux vacances. En 2017, la question continue à se poser. Eléments de réponse.

Dans son célèbre essai « Le Droit à la Paresse » (1880), Paul Lafargue, le gendre de Marx, dénonce « l’étrange folie » qu’est l’amour de la classe ouvrière pour le travail qu’il décrit comme « la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique ». Le stade supérieur de l’humanité selon Lafargue ? L’abolition du travail (ou du moins sa limitation à 3 heures par jour maximum) et pour le reste des réjouissances qui « feront aller les flacons, trotter les jambons et voler les gobelets ». Un bon programme de vacances en effet !

Le problème ? Il est identifié par Pascal dans sa pensée 136 et il est redoutable : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre (…) le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il faut en sortir et mendier le tumulte ». Vivement la rentrée !

Conclusion BCN : l’herbe est toujours plus verte, la plage plus blonde à celui qui l’envie sans pouvoir y accéder… Eh bien, le travail, c’est pareil ! Il écarte de nous 3 grands maux selon Voltaire : l’ennui, (ça c’est fait), le vice, et le besoin.  Depuis Maslow, il convient d’en ajouter un 4e : la reconnaissance sociale, l’affirmation de soi. A méditer.

L’ours.

 

 

Economie du bien commun

Par Jean Tirole, au Presses Universitaires de France.

 

On ne présente plus Jean Tirole, Prix Nobel d’économie 2014, et désormais aussi populaire qu’un autre économiste français, Thomas Piketty. Dans un ouvrage qui se veut « grand public », paru en Mai 2016, Jean Tirole nous fait partager sa passion pour une discipline qui croise la théorie et les faits au service du bien commun.

En pénétrant dans l’atelier du chercheur, on découvre un panorama des sujets qui préoccupent l’économiste : trois grandes  parties, la science économique, l’institution étatique et les enjeux industriels accueillent 17 chapitres qui s’adressent à chacun de nous dans notre quotidien, et évoquent ce qui résultera de nos choix passés et présents, pour la vie des générations futures.

Première partie : L’économie.

  • Aimez-vous l’économie ? Il existe 3 modes pour parler d’économie : le mode scientifique, le mode journalistique et le mode aéronautique. Réservé à une communauté d’experts, le premier utilise des concepts et des objets mathématiques. Il peut de ce fait s’avérer rebutant, voire abscons ; le second agrémente les magazines et s’alimente des piquets de grève, déménagements sauvages en cours, ou des dernières statistiques. Enfin, le dernier fournit les best-sellers des gares et des aéroports, parfois l’œuvre de charlatans ou de lobbys. Pas réjouissant. Mais que chacun s’accroche, et l’économie redeviendra notre bien commun. Jean Tirole nous dit : « Prenons-nous en main » !
  • Les limites morales du marché. Il est question ici d’éthique concrète dans l’économie : est-il moral de vendre son sang, ses organes ? Sommes-nous si friands de générosité, quand nous donnons, ou de l’image de généreux donateurs que nous proposons de nous-mêmes ? Que penser de la possibilité pour une compagnie d’assurance  de sélectionner les patients en fonction du risque? Pourquoi sommes-nous plus négligents avec des biens assurés ? Une analyse percutante d’un concept innovant : l’aléa moral.
  • L’économiste dans la cité. Intellectuel public, il est aussi chercheur, observateur empirique des évolutions : ses positions, aussi mesurées et équilibrées soient-elles, déchaînent les passions, et surtout en démocratie, brouillent le jeu en dénonçant des conflits d’intérêts, les politiques suspectes ou obsolètes, sous couvert de débat.
  • La recherche au quotidien. L’économie s’enrichit des apports des autres sciences, en particulier sociales : c’est ainsi que l’on découvre au fil des pages les apports de la théorie des jeux, les biais de l’asymétrie d’information, en particulier lorsqu’il est question de finance, de délit d’initié. En revanche, sur des sujets nouveaux ou complexes, comment poser la théorie « fondatrice », celle qui capturera le nœud du problème, au prix de quelques simplifications réductrices ? Tout le monde a entendu parler de la « main invisible » d’Adam Smith, concept qui pourtant a connu beaucoup d’améliorations depuis.
  • L’économie en mouvement. Cinq approches complémentaires sont apparues pour retoucher la théorie sur les comportements dits « rationnels » des agents dans le vocabulaire traditionnel de l’économie politique : homo psychologicus, socialis, incitatus, juridicus, darwinus. Nous sommes empathiques, réagissons plus aux fermetures des hauts-fourneaux de Florange ou Hagondange, qu’aux millions de chômeurs anonymes… qui probablement galèrent dans des conditions encore plus difficiles. L’impact de la confiance est illustré et décortiqué via le prisme de la théorie des jeux, et notre comportement devient alors prédictible dans un contexte où les règles ont été préalablement énoncées (ce qui est généralement le cas dans une démocratie : législation, interdiction, fiscalité).

Enfin, le système d’incitations, de bonus, de récompenses induit des comportements parfois contre-productifs, qu’il faut constamment analyser et surveiller, pour au besoin les arrêter ou les modifier. Enfin, Darwin a alimenté l’économie à partir d’exemples d’espèces animales : le paon, qui séduit sa dulcinée au prix de lourdes plumes nacrées qui l’encombrent, et ne lui servent à rien en-dehors des parades. Cet outillage en apparence contre-productif émaille de nombreux exemples de survie d’espèces, et inspire des attitudes destinées à impressionner ou dissuader concurrents et rivaux, dans les enchères par exemple, une sorte de poker-menteur.

Deuxième partie : les institutions et l’économie

  • Pour un état moderne. Corriger les imperfections du marché, introduire les conditions d’une complémentarité entre l’état et les acteurs de l’économie. Et si l’on peut laisser le marché produire de l’efficacité (productivité, émulation, concurrence), il ne lui revient pas de produire de l’équité, presque une fonction régalienne. Enfin, réfléchir au rôle d’un état moderne, passe par une ambition à long terme de désendettement, afin de dégager des marges de manœuvre qui lui donneront les moyens de sa politique d’incitation.
  • L’entreprise, sa gouvernance et la « RSE ». Comment gérer la direction, le financement, l’actionnariat et notamment l’excès de court-termisme, souvent reproché aux structures ambitieuses ? Quelles incitations à de nouvelles formes sociales : SCOOP, ESS ? Déployer des fiscalités vertes, soucieuses d’environnement durable, autant de facteurs de complexification  de l’économie politique.
  • Le défi climatique. Un regard acéré d’économiste sur les échecs des accords sur le climat, Kyoto, Lima, Copenhague, ainsi que les limites de la COP 21 : ces accords reposent sur « l’externalisation des internalités », dit autrement : je ne bénéficie pas directement de mes efforts pour être propre, ce sont mes voisins qui en bénéficient. Seule la volonté de donner l’exemple anime la Suède, déjà très en avance : l’UE est traversée par les débats sur les énergies fossiles, le nucléaire, le charbon. Les pays émergents reprochent aux pays avancés de ne pas supporter les coûts de la pollution qu’ils ont exportée dans les « ateliers » à faible coût de main d’œuvre. Exemple illustré par le retrait des U.S.A. pour des questions d’exportations d’énergie fossile, de gaz de schiste notamment. Nous pouvons en revanche accompagner l’application de l’accord de Paris, en développant les incitations adéquates aux innovations technologiques de conservation du carbone, d’amélioration du rendement des énergies renouvelables, et enfin être à l’affût du nécessaire saut technologique qui permettra de rester sous les 2° de réchauffement.
  • Vaincre le chômage. Commençons par quelques chiffres, affolants :  3,574 millions de chômeurs de Catégorie A, demandeurs d’emploi, sans emploi.                       Catégorie B : tenus de chercher un emploi, ayant travaillé moins de 78 heures. 716.400.                                                                                                                                              Catégorie C : tenus de chercher un emploi, ayant travaillé plus de 78 heures : 1,151 millions. Et enfin, les catégories D et E (formation et demandeurs non tenus de chercher un emploi), 700.000 personnes supplémentaires. Total : 6.142.000 personnes ont en France un « problème apparent » d’emploi.                                 Alors que l’on s’était résigné à parler de « 10% de la population active », on frôle les 10 % de la population totale. Quelques constats : pour les raisons d’empathie évoquées plus haut, nous sur-régulons la protection contre les licenciements (4,4 % seulement des fins de contrat). L’erreur que commettent beaucoup d’acteurs est de penser que de soutenir le contrat CDI est de « bonne politique » : dans un marché mobile, ou l’innovation et la formation s’étendent, il sera beaucoup plus difficile de retrouver un CDI de même aloi que celui d’aujourd’hui, si par malheur on le perd. Recréer rapidement le plein-emploi, y compris dans des conditions moins avantageuses, ressemble à du « dumping social », mais c’est la meilleure offre pour tous. En revanche, il faut protéger le salarié (l’homme, dans sa dignité et ses conditions de vie) et pas l’emploi, qui n’est que la traduction par l’employeur des besoins qu’il anticipe via son carnet de commandes. Une manière de dénoncer le climat délétère qui s’est installé dans les relations employeurs- salariés : la  France 129e classée sur 139 en matière de perception des relations au travail ! Parmi les nombreux points à traiter pour améliorer la situation :                                                     – 1°) médiocrité de la formation professionnelle gérée par les partenaires sociaux, qui ne vise pas les bonnes catégories de salariés, distribue peu de formations diplômantes ou certifiantes, et absorbe tout de même 1,6 % du PIB, soit 32 milliards d’euros. Qualifiée d’usine à gaz, induisant des gaspillages dans la collecte et le financement, la formation professionnelle voit son rendement mis en cause.                                                                                                                                              – 2°) L’apprentissage : en 2013, 5,2 % des 15 – 24 ans étaient en apprentissage en France, contre 16 % en Allemagne.                                                                                          – 3°) La gestion de l’assurance chômage et du service public de l’emploi, (le recrutement via Le Bon Coin sidère notre Prix Nobel) et notamment une indemnisation beaucoup plus généreuse pour les hauts salaires que celle qui se pratique chez nos voisins.                                                                                                         – 4°) un calcul biaisé : la réduction et le partage de la durée du travail, fondés sur l’a priori que le nombre d’emplois est fixe. La meilleure preuve du contraire en est apportée par les pays qui ont choisi d’accepter des migrants en quantité significative.                                                                                                                             -5°) Un code du travail de 3200 pages, défiant même pour des  spécialistes du droit et des RH le principe de : « nul n’est censé ignorer la Loi ». Au–delà de  cette question de taille, il est devenu impossible de mesurer les effets (pervers) de telle ou telle mesure, son efficacité et son coût, puisque l’on ne parvient même pas à discerner l’ensemble des atténuations, exceptions et dispenses qui s’y appliquent.

Pour conclure, 4 axes : réduire l’endettement pour retrouver de la compétitivité et des marges de manœuvre, les migrants et le réchauffement climatique : lutter contre la pénurie d’emplois est une clé, et qui plus est si nous échouons contre le réchauffement, car les migrants climatiques de demain viendront s’ajouter aux réfugiés politiques, demandeurs d’asile ou simples migrants économiques d’aujourd’hui. Enfin, une réflexion sur les impacts du digital devient indispensable, car au droit du salarié d’aujourd’hui, viendront se substituer de nouveaux besoins de droit des actifs (micro-entrepreneurs, autoentrepreneurs, etc.)

  • L’Europe à la croisée des chemins. Rappel utile : l’Europe a été – et est encore – pour certains un symbole d’espoir, d’intégration politique et de réduction massive des inégalités entre ses membres. L’euro lui-même a traduit une volonté largement partagée d’intégration des peuples européens. Alors, comment sommes-nous passés de l’espoir au désenchantement ? Des besoins de réconciliation aux dangers du début (accession à la démocratie en Espagne, au Portugal, dans toute la zone-tampon de l’URSS, y compris la réunification de l’Allemagne), les fondateurs ont appris en marchant. N’avons-nous nous-mêmes pas changé au cours de ces 30 ans, alors que nous adressions des colis via La Croix-Rouge aux grévistes de Gdansk et portions des badges de Solidarnösc ?  Que d’exemples de démocraties rétablies pacifiquement grâce à la puissance tutélaire et bienveillante de l’Union ?                     Certes, la crise financière des années 2007 – 2008, les manipulations et truquages de comptes de la Banque Goldman & Sachs, et enfin, l’attitude de la Grèce elle-même n’ont pas rassuré l’Union sur la solidarité de ses membres, ni sur la solidité de sa monnaie. Mais enfin, il semble que cet épisode soit derrière nous, et les failles du Traité de Maastricht apparaissent maintenant clairement : il est contra-cyclique, limitant les dépenses d’intervention des états, au moment où ceux-ci ont le plus besoin de soutenir leur économie. Ce n’est pas son seul défaut, car faute de volonté d’avancer vers plus de fédéralisme, il se révèle très prudent sur les politiques d’harmonisation, qu’elle soit économique ou fiscale. Si nous, européens, souhaitons vivre sous le même toit, il nous faut réhabiliter cet idéal et rester unis autour de lui.
  • A quoi sert la finance ? Les bulles financières, crises économiques à répétition, Plans de redressement tels que le New Deal, le Plan Marshal ont permis d’analyser les différents facteurs d’accumulation, les risques insensés pris par certains secteurs, certaines banques (pensant ainsi se faire renflouer par l’état) ont conduit à une série d’accords internationaux connus sous les noms de Bâle I – Bâle II – Bâle III, actuellement en vigueur. Le lien entre transparence des risques, et obligation de détention des capitaux propres des banques est analysé ici : la doctrine des Banques centrales, le niveau de l’inflation attendue et les politiques de quantitative easing sont examinées ici, sous l’angle de leur origine dans la crise de 2007. Les mesures de sauvetage imposées, ou les conséquences du non-renflouement de Lehman Brothers, sont extrêmement révélatrices.  Elles sont détaillées finement dans le chapître suivant.
  • La crise financière de 2008. Du fait d’un excès de liquidités qui cherchaient à se placer, moyennant de forts rendements, la prospérité des années 2000 a généré une forte attente financière de montages complexes, (la titrisation de placements immobiliers) : pour développer ces placements à hauts rendements, il fallait d’abord attirer des ménages à revenus modestes vers des emprunts immobiliers. La prospérité étant là, il était facile de faire rêver à l’accès à la propriété : les emprunts à taux progressif (subprimes) ont été l’arme fatale. Appâtés par des taux très bas, les ménages se sont trouvés dans l’incapacité de rembourser les échéances quand celles-ci ont augmenté. La politique suivie alors par les banques a été d’expulser de façon massive les ménages insolvables, d’où une forte chute de la valeur des biens immobiliers. Pour être complet, il faut mentionner le rôle des Agences de notation, qui du fait qu’elles tiraient de forts revenus de cette activité, avaient tout intérêt à encourager la confiance dans les placements titrisés. Sommes-nous sûrs aujourd’hui de pouvoir prédire, et même prévenir ce type de crises ? Il faut évidemment rester humble, mais du moins les accords de Bâle ont permis de garantir la détention par les banques de fonds propres suffisants, et apporté la connaissance des mécanismes générateurs de la crise, ainsi que les concepts des renflouements. On sait donc aujourd’hui identifier un terrain favorable, ainsi que des zones d’ombre qui restent à réguler, comme par exemples le shadow-banking, et les accords de gré à gré, invisibles du régulateur, et qui masquent le niveau d’engagement réel.

Troisième partie : l’enjeu industriel

  • Politique de concurrence et politique industrielle. Nous abordons ici les différentes étapes de construction de la doctrine : depuis la théorie des monopoles naturels jusqu’à l’ordonnance de démantèlement d’ATT, (1984) et la séparation entre réseaux d’infrastructure (en France RTE, RFF, France Télécom) et la normalisation de l’ouverture des accès. Comment assurer une véritable concurrence en imposant des normes aux accès : pas question par exemple de créer 2 gares TGV à Paris à Lyon, pour instaurer 2 offres de service ? Et d’ailleurs, comment ferait le 2e opérateur pour proposer des correspondances depuis « sa » » gare ? Le cas de RTE, le transporteur d’électricité est différent : déjà interconnectés, les réseaux européens n’ont eu qu’à décliner cette pratique envers leurs distributeurs. Mais l’électricité ne se stocke pas, et les coûts de production sont très différents selon le type de centrale utilisée. D’où un « pilotage » fin de la ressource, faisant appel à de la prévision de consommation, et une connaissance fine des clients opérateurs. Bref, du marketing de grossiste. Pour bien diriger l’économie d’un pays, il est nécessaire de définir une politique industrielle. Invités à Toulouse, Dani Rodrick et Joe Stiglitz, économistes américains bien connus ont énoncé 7 recommandations : a) identifier la raison du dysfonctionnement des marchés pour mieux y répondre. b) utiliser une expertise indépendante et qualifiée pour sélectionner les projets et les récipiendaires de fonds publics. c)être attentif à l’offre et pas seulement à la demande. d) adopter une politique industrielle qui ne fausse pas la concurrence entre entreprises. e)évaluer ex post les résultats de cette politique, et prévoir dans tous les cas des clauses d’arrêt. f) associer fortement le secteur privé à la prise de risque g) comprendre l’évolution de nos économies.
  • Quand le digital modifie la chaîne de valeur. Nous sommes passés de la rareté de l’offre, liée à la lenteur des transports, à la pléthore de l’offre, puisque le marché est désormais celui de l’attention : (l’espace-cerveau disponible, selon l’heureuse expression de Jean-Marie Messier). Sont ici détaillés les modes de fonctionnement des plateformes bifaces, les fameux GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. Les choix d’ouverture ou de fermeture se sont croisés, Apple et Microsoft opposaient un accès propriétaire à un réseau ouvert. La tendance est plutôt à l’ouverture : Windows et Androïd plutôt que Ios. Autre analyse : la très forte concentration de ces entreprises, due aux rendements d’échelle de l’effet réseau, (je suis sur Facebook parce que des « milliards » de gens y sont, j’ai un GSM avec qui je souhaite virtuellement communiquer avec le monde entier).
  • Economie numérique : les défis sociétaux. L’accès massif à l’information permet de réduire l’aléa moral, car il de plus en plus difficile de dissimuler un comportement « non-citoyen ». Autre nouveauté : l’économie numérique privilégie l’innovation, et de ce point de vue, les USA se sont taillé la part du lion, grâce à une politique de recherche ciblée sur les nouvelles technologies. Il faut maintenant anticiper ce que deviendra le salariat, en fonction bien sûr des capacités accrues des machines à se substituer à l’homme pour les tâches répétitives, mais en plus du « machine learning », la capacité de l’ordinateur à apprendre de ses propres expériences. En 2016, un ordinateur a battu le champion du monde de Go, il avait fallu 60 ans pour parvenir à ce résultat aux échecs. Le numérique est une opportunité pour notre société, mais aussi une source de nouveaux dangers : confiance, propriété des données, diffusion du progrès technologique, solidarité, emploi, fiscalité sont autant de défis pour l’économie du bien commun.
  • Innovation et propriété industrielle. Il question ici de la politique de R&D, publique ou privée, mais aussi des enseignements à tirer de l’Open source, et des raisons du succès du modèle « libre ». Lorsque la navigation était payante sur le Rhin, s’étaient installés près de 40 points de péage ; du coup, le commerce demeurait réduit aux seules personnes allant au terminus. A travers une politique équilibrée de protections et de brevets, il s’agit de trouver un équilibre entre les droits de l’inventeur et le développement de l’économie.
  • La régulation sectorielle. Nous l’avons vu, les grands monopoles ont quasiment tous disparu, au profit d’entreprises du secteur, qui se sont maintenues ou développées grâce à leur savoir-faire. Qu’elles soient du domaine public ou non, ces entreprises doivent être responsabilisées sur leur performance, leur efficacité, leur innovation, et ceci quels que soient leurs marchés, (entreprises ou particuliers), mais aussi leurs contraintes de production. Bien entendu, l’entreprise connaît mieux que quiconque sa structure de coûts : les systèmes de price cap qui ont été développés présentent le risque de réduire la maintenance pour faire des économies, d’où un risque pour les usagers. Il faut donc que régulateur dispose d’une expertise solide, (d’où l’apparition d’organes de régulation indépendants dédiés) mais définisse des modes d’incitation « non intrusifs », qui laisse le choix des solutions à retenir pour respecter un contrat-cadre global Objectifs-Moyens. Cette régulation est encore perfectible, mais les progrès accomplis sont encourageants.

 

La Newsletter RH-Solutions.

Comme suite à l’intervention remarquée de Claude Prost et Philippe Le Bel à notre réunion plénière du Centre à Chenove, voici, pour ceux qui n’ont pas tout noté, la livraison de Juillet de la Newsletter de RH-Solutions.

Lire la Newsletter

A tous ceux qui sont intéressés par une activité de formateur indépendant, vous y trouverez le Guide Complet dédié ; de quoi méditer cet été. Rendez-vous à la rentrée !

Les Secrétaires.

Editorial de Juillet : vents favorables.

Les amateurs de bande dessinée ont depuis longtemps oublié la signification de « Jolly Jumper » et de « Lucky Luke » : mais nos conjoncturistes pourraient bien rappeler qu’en économie aussi, il est possible d’avoir de la chance, comme le Lonesome cow-boy, à la veine légendaire. Déjà, on voit fleurir les qualificatifs de « Lucky Emmanuel », à propos du Président de la France… Voici que la Tribune apporte de l’eau à leur moulin dans son édito du jour, signé Jean-Christophe Chanut.

Recrutements de cadres : au plus haut

215.000 recrutements de cadres seraient attendus cette année, selon les perspectives de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Le niveau pourrait même grimper à 236.000 en 2019… Mais certains profils surtout sont recherchés.

C’est un signe supplémentaire de l’embellie économique actuelle : le niveau des recrutements de cadres par les entreprises est en passe d’atteindre un record absolu. Mieux, si l’on en croit la dernière note de conjoncture de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), les recrutements de cadres ne vont cesser d’accélérer pour atteindre des sommets en 2019. Concrètement, le nombre des embauches devrait se situer à 215.000 en 2017, en hausse de 6% par rapport aux recrutements réalisés en 2016, puis à 225.000 l’année prochaine et encore à 236.000 environ en 2019. Ainsi d’ici deux ans, les embauches des cadres pourraient être supérieures de 50% à ce qu’elles étaient en 2013. Juste avant la crise de 2008, les bonnes années, les recrutements de cadres plafonnaient à environ 208.000.

Plus de cadres en raison de la tertiarisation de la société

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… Pas tout à fait cependant. D’abord, ces prévisions sont basées sur des taux de croissance du PIB relativement soutenus, avec 1,6% cette année – ce que l’Insee et la Banque de France pensent tout à fait réalisable – mais aussi en 2018 et une accélération à 1,8% en 2019. Par ailleurs, il convient aussi de comparer ce qui est comparable. L’offre d’emploi-cadre augmente, notamment en raison de la tertiarisation de la société. La population cadre représente maintenant environ 21% de la population active salariée contre 10% encore dans les années 1990. Autrement dit, la fonction « cadre » ne correspond plus forcément à une fonction « d’encadrement » d’une équipe, elle augmente « naturellement » en volume du fait de l’émergence de certaines fonctions qui n’existaient pas ou peu il y a vingt ans.

Ensuite, il y a de grandes différences parmi les profils de cadres recherchés. Parmi les entreprises qui souhaitent recruter un cadre au troisième trimestre 2017 – elles sont 58% dans ce cas, en hausse de six points sur un an – plus de 80% cherchent des cadres ayant entre un et dix ans d’ancienneté. Elles ne se sont plus que 44% à chercher des jeunes diplômés et 43% des « seniors » de plus de 20 ans d’expérience… Il est donc toujours difficile d’être un jeune diplômé tout juste sorti de l’école ou un cadre « senior » à la recherche d’un emploi… Même si la situation s’améliore un peu du fait des tensions qui se manifestent sur le marché du travail. De fait, 66% des entreprises déclarent avoir des difficultés pour recruter des cadres correspondants à leurs attentes, et l’APEC signale, qu’en moyenne, 36 candidats répondent maintenant à ses offres d’emploi contre 42, un an plus tôt.

Les métiers de l’informatique drainent un quart des offres d’emploi

Bien entendu également, tous les métiers ne profitent pas de façon comparable de cette reprise. Ainsi, avec un volume d’embauches estimé à 57.000, les métiers de l’informatique représentent à eux seuls près du quart des recrutements de cadres envisagés. Mieux, si on ajoute l’ingénierie et le conseil à l’informatique, à eux trois, ces métiers rassemblent 44% des offres d’emploi.

Cela dit, signe que la reprise est là, même dans des secteurs jusqu’ici en difficulté et qui ne prévoyaient donc pas de recrutements en masse, les choses semblent évoluer. Ainsi, dans l’industrie, 64% des entreprises envisagent de recruter un cadre au troisième trimestre, soit une hausse de… 9 points sur un an. Idem dans la construction – boostée par l’immense chantier du Grand Paris – où cette proportion est passée en un an de 47% à 58%. En revanche, dans la banque/assurance et le commerce et les transports, le nombre des recrutements n’enregistre aucune progression notable.

Jean-Christophe Chanut

@jcchanut